«Ma famille m'a traité de drogué et m'a dit de partir»

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Le soleil se lève à peine sur le stade de Kaboul. Quelques sportifs en tenue s'échauffent, indifférents au groupe d'hommes qui, rassemblés sur les marches à quelques mètres d'eux, émergent doucement après une nouvelle nuit passée dehors. A l'arrivée de l'équipe de terrain de Médecins du monde (MDM), l'un d'eux sort la tête de sa couverture, se redresse péniblement et s'allume une cigarette. Trois autres, assis en cercle, « chassent le dragon » en faisant chauffer de l'héroïne, à l'effet « plus fort, plus rapide et moins visible que l'opium ». Favot, le visage marqué malgré ses 22 ans, en prend « depuis que Massoud est mort en martyr » en 2001. D'autres sont devenus accros après avoir servi dans l'armée pendant la guerre, pour supporter les combats et les blessures, ou lors de leur exil en Iran ou au Pakistan. « Là-bas, mon patron fumait de l'opium. Il m'en a proposé », raconte Abdul Wahid, 40 ans. A son retour en 2001, il est passé à l'héroïne et sa famille l'a rejeté. « Elle m'a traité de drogué et m'a dit de partir. » Pour trouver leur dose quotidienne (6 dollars le gramme), certains avouent voler. « La solution, note Abdul Wahid, c'est que l'Etat chasse les dealers. » Pas si simple : « Le gouvernement et les policiers laissent faire, rétorque un autre. Ils sont corrompus et gardent ce qu'ils nous confisquent. »

Régulièrement chassés par la police, les toxicomanes peuvent depuis peu se reposer et se laver au centre de soins que vient d'ouvrir MDM à Kaboul. Tous se plaignent de ne pas être pris en charge correctement par les hôpitaux afghans. « On nous attache et on nous frappe, dit l'un d'eux. Et quand on ressort, on ne diminue pas notre consommation, au contraire. » Beaucoup réclament un traitement que les hôpitaux sont incapables de fournir, faute de médicaments.

Envoyée spéciale à Kaboul, Faustine Vincent