Tiananmen: Pourquoi la Chine suspecte des Ouïghours

Faustine Vincent

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Les images d'une vidéo témoin de l'explosion place Tiananmen le 28 octobre à Pékin
Les images d'une vidéo témoin de l'explosion place Tiananmen le 28 octobre à Pékin — Captiure écran YouTube

La police chinoise était mardi sur la piste de militants musulmans originaires de la région du Xinjiang après qu'un 4X4 a foncé sur la foule puis explosé place Tiananmen, faisant cinq morts et des dizaines de blessés. Sans utiliser le mot d'«attentat» et sans relier explicitement les faits de Tiananmen à ses investigations en cours, elle a affirmé dans un message qu'«un grave événement s'[était] produit lundi».

Selon un avis de recherche publié par le site 64 Tian Wang, fondé par le dissident Huang Qi, les enquêteurs sont plus précisément sur la piste de deux Ouïghours, domiciliés dans deux districts distincts du Xinjiang. La police a identifié les deux hommes par les noms de Youssouf Oumarniaz et Youssouf Arputi, d'après une retranscription phonétique à partir du chinois.

«Les Ouïghours sont des boucs émissaires faciles»

Cette piste retenue par les enquêteurs soulève deux hypothèses, selon Jean-Luc Domenach, spécialiste de la Chine et auteur de Mao, sa cour et ses complots (Ed. Fayard). «Il n’est pas absurde de penser que ce qui est survenu lundi place Tiananmen soit en effet le fait d’Ouïghours, car la méthode employée est tout à fait dans leur style. Ils ont déjà commis des attentats ailleurs auparavant.» La deuxième hypothèse, poursuit le chercheur, «c’est que les autorités ne savent pas qui a fait ça, et pointent du doigt les Ouïghours. Ça ne leur coûte rien: tous les Chinois les détestent. Ce sont des boucs émissaires faciles.»

Le professeur Ilham Tohti, un intellectuel ouïghour respecté, a d’ailleurs mis en garde contre la tentation d'accuser sans preuves ou de stigmatiser les Ouïghours après les faits survenus lundi à Tiananmen, a rapporté le site Uighurbiz.net.

Une zone stratégique que Pékin ne lâchera jamais

D’où vient le conflit qui oppose les Ouïghours aux autorités chinoises? Les Ouïghours, musulmans turcophones, composent l'ethnie majoritaire du Xinjiang. Cette immense région autonome située aux confins occidentaux de la Chine est considérée par Pékin comme une «partie inaliénable» du territoire chinois. Elle s’y est imposée en 1949, entamant une répression des pratiques religieuses qui perdure encore aujourd’hui. «La population ouïghoure fait l’objet d’une entreprise de domination et de sinisation qu’elle supporte très mal. C’est exactement comme au Tibet. Sauf que, contrairement aux Tibétains, qui prônent la non-violence, ils se défendent et le font avec force», explique Jean-Luc Domenach.

La région est régulièrement secouée par des troubles en raison des fortes tensions entre eux et les Han, l’ethnie majoritaire en Chine. Les autorités accusent invariablement de «terrorisme» les militants ouïghours, qu’ils considèrent comme des auxiliaires d’Al-Qaida. Mais Pékin ne lâchera jamais ce territoire immense, qui recouvre 15% de la superficie du pays, car c’est une zone stratégique regorgeant d’hydrocarbures, de gaz naturel et de matières premières, dont la Chine a un besoin vital pour son développement.