Liban : Ségolène Royal à l’épreuve du feu

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Comme entrée en matière, Ségolène Royal aurait pu choisir plus simple. Pour son premier voyage en tant que candidate officielle du PS, la présidente de la région Poitou-Charentes s’est parachutée dans un Proche-Orient en ébullition. Première étape : le Liban.

Condoléances
Arrivée en début d’après-midi, Ségolène Royal a concentré ses entretiens officiels. Premier sur la liste : Amine Gemayel, ancien président de la République et père du ministre assassiné la semaine passée. La candidate s’est ainsi rendue au domicile de la famille pour présenter ses condoléances. Au bout d’une heure d’entretien à huis clos, Mme Royal est ressortie « impressionnée » par Amine Gemayel. Elle a tenu un point presse improvisé de quelques minutes avant de filer à son deuxième rendez-vous, le seul prévu avec un responsable allié au Hezbollah, le président du Parlement Nabih Berri. Lors de cette allocution, Ségolène Royal a affirmé que « le progrès du monde a besoin d'un Liban réconcilié avec lui-même », et que « la France fera tout ce qu'elle peut auprès du Liban pour permettre que se lève cette espérance ».

La candidate, si elle ne s’écarte pas trop de phrases toutes faites, a fait le plein côté journalistes. Pour les Libanais comme pour les « officiels » venus en avion avec elle, Ségolène Royal est un vrai phénomène.

Sourire figé

Un peu plus tard en soirée, elle a été reçue par le Premier ministre pro-occidental Fouad Siniora. Dans la beauté du Grand Sérail, l’élue française a tenu sa première vraie conférence de presse, trois minutes montre en main. Agrippée à ses feuilles de papier, le sourire figé, elle s’est dite « impressionnée par ce grand dirigeant » en parlant du Premier ministre. Elle a loué le Liban, « pays phare de la démocratie, qui en a assez d’être pris en otage et que la communauté internationale doit aider ». Ségolène Royal a surtout pris clairement position pour la mise en place du Tribunal international chargé de faire la lumière sur les attentats de 2005, et pour la tenue en janvier de la conférence des pays donateurs. A la première question d’une journaliste libanaise, la députée des Deux-Sèvres a répondu par un sourire en disant qu’elle ferait un autre point presse vendredi, s’est levée et est partie, entourée par les officiels de l’ambassade de France.
Vendredi justement, sera une journée à très haut risque. Ségolène Royal s’envolera en hélicoptère en milieu de matinée pour rejoindre la base de la Finul à Naqoura, dans le Sud-Liban. Elle y rencontrera le contingent français. Mais l’organisation de sa journée est d’ores et déjà compromise. Une réunion avec la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée libanaise a été reportée. La cause ? Une manifestation massive organisée à 15h (14h à Paris) par le Hezbollah dans le centre-ville de Beyrouth. Dans la capitale, la tension monte lentement. Jeudi soir, les forces de sécurité, déjà très présentes sur le terrain, ont barricadé le bâtiment de l’ONU, dont la façade de verre avait été saccagée par des manifestants pro-Hezbollah durant la guerre de juillet. Dans ce contexte, la visite de Ségolène Royal passe un peu inaperçue.

De notre correspondant au Liban, David Hury