Espionnages de la NSA: Merkel, cible «économique» des Américains

Aurélie Delmas
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Angela Merkel à Bruxelles le 7 novembre 2012.
Angela Merkel à Bruxelles le 7 novembre 2012. — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

Nouvelles révélations de la presse allemande sur les espionnages américains ce dimanche: Barack Obama savait depuis 2010 que le portable de la chancelière allemande Angela Merkel était sur écoute. La NSA aurait visé, de 2002 au mois de juin dernier, le téléphone qu'elle utilise pour communiquer avec son parti, la CDU, ainsi que son appareil crypté officiel, précise Bild.

Pour le quotidien allemand, Barack Obama tenait être personnellement informé en détails sur celle qui a joué un rôle décisif dans la crise de la dette de l'eurozone. L’expert en sécurité informatique et ancien membre des services d'espionnage français Eric Filiol n’y voit pas d’autre raison : «Le maître mot, c’est la finance», résume-t-il, «quand Merkel prend une décision, elle a le pouvoir économique en Europe. Si elle évoque Airbus ou Boeing au détour d’une conversation, c’est d’une importance capitale».

Le grand déballage

Angela Merkel, qui a déclaré la semaine dernière que «l'espionnage entre amis, cela ne va pas du tout », était-elle au courant? «Elle s’en doutait», estime l’expert, qui confirme que l’espionnage américain est un secret de polichinelle: «Ecouter est aujourd’hui une obligation. Mais elle a probablement été choquée du manque d’éthique: on peut écouter ses services, sans l’écouter elle en tant que personne privée.»

«Je pense que l’essentiel n’est pas sorti», soupçonne encore l’ancien des services d’espionnage français qui redoute que cet espionnage aille «au-delà de ce qu’on imagine», et s’étonne que les dirigeants européens tardent tant à réagir.

L’Allemagne seule à l’offensive

L'Allemagne, déçue, s’engage pour l’heure pratiquement seule. Elle a décidé d’envoyer une délégation de ses services secrets aux Etats-Unis la semaine prochaine et prépare avec le Brésil une résolution à l'ONU sur la protection des libertés individuelles. Elle est aussi à l’origine, avec la France, d’une initiative soutenue par les autres Européens, pour trouver avec les Etats-Unis un accord d'ici la fin de l'année sur les questions de renseignement. Le ton se veut offensif. Le ministre l'Intérieur Hans-Peter Friedrich a déclaré dans Bild ce dimanche que «l'espionnage est un crime et ceux qui s'y livrent doivent être jugés».

Concrètement, l’Europe doit cesser de confier sa sécurité aux outils américains, pour Eric Filiol. «Tous les réseaux, les protocoles, les logiciels, sont gérés par des infrastructures américaines. L’Europe ne peut pas se protéger dans ces conditions. Or si elle met de vrais moyens, elle peut être totalement indépendante dans cinq ans», projette-t-il. Eric Filiol n’hésite pas à user de métaphores martiales: «Il va falloir entrer en résistance», projette-t-il, «mais cela peut doper notre industrie». Dans le cas contraire, il se montre nettement moins optimiste. «L’Europe deviendra une zone tampon vassalisée entre les Etats-Unis et la Chine», redoute-il. 

«Débrancher Big Brother»

En attendant, les citoyens qui eux, n'étaient pas tous au courant, veulent «débrancher Big Brother», à l'image de quelques milliers de manifestants rassemblés samedi à Washington pour exiger une loi réformant les programmes jugés attentatoires à la vie privée de la NSA.