Géorgie: Réformateur ou va-t-en guerre, l'heure du bilan a sonné pour Saakachvili

INTERNATIONAL Quels que soient les résultats du scrutin, ce dimanche sonne la fin de dix ans au pouvoir pour Mikheïl Saakachvili...

A.D. avec AFP

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Mikheïl Saakachvili le 9 juillet 2013 à Tbilissi
Mikheïl Saakachvili le 9 juillet 2013 à Tbilissi — Vano Shlamov AFP

Il s'en va. Les Géorgiens élisent ce dimanche le successeur du réformateur pro-occidental Mikheïl Saakachvili, qui n'avait pas le droit de se représenter à la présidentielle, après deux mandats consécutifs. Alors que le camp adverse part favori, que retiendra-t-on de l'ère tumultueuse de Saakachvili?

Une politque orientée vers l'ouest...

Mikheïl Saakachvili est arrivé au pouvoir il y a dix ans, après avoir été un des héros de la Révolution de la rose qui a renversé en 2003 le régime d'Edouard Chevardnadzé hérité de l'époque soviétique.

Avocat formé aux Etats-Unis et en France, il succède à un pouvoir présidentiel fort dans cette ex-république soviétique de 4,5 millions d'habitants. Décrit comme impulsif, le nouveau président prône le cap à l'Ouest, au détriment des relations avec la Russie. Dès son élection triomphale, il s'engage dans une politique d'intégration à l'Otan et à l'Union européenne.

...et une guerre contre la Russie

Peu après, il ramène dans le giron de la Géorgie, l'Adjarie, république séparatiste sur les bords de la mer Noire. Mais en 2008, sa tentative de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud, un autre territoire séparatiste tourne à la catastrophe. La Géorgie essuie une défaite dans la guerre de cinq jours qui l'oppose à la Russie, intervenue pour défendre cette république pro-russe. Moscou reconnaîtra par la suite l'indépendance de ce territoire, ainsi que de l'Abkhazie, une autre république séparatiste de Géorgie.

La Géorgie et la Russie n'ont plus de relations diplomatiques depuis et des milliers de soldats russes sont stationnés dans ces régions dont la Géorgie semble avoir perdu le contrôle. Si aucun homme politique ne conteste aujourd'hui le cap à l'Ouest, celui qui succédera à Mikheïl Saakachvili devra travailler dur pour normaliser les relations avec la Russie.

Un style trop autoritaire

Si le quadragénaire passe aux yeux de certains pour un réformateur pro-occidental, d'autres le voient surtout comme un va-t-en guerre autoritaire. La Géorgie a connu plusieurs vagues de protestation dont la dispersion musclée a terni son image de pays démocratique modèle de l'ex-URSS. Lors de protestations massives, le départ de Saakachvili est régulièrement exigé dans la rue.

En 2012, Saakachvili perd les législatives face au milliardaire Bidzina Ivanichvili et malgré les craintes de ses détracteurs qui l'accusaient de vouloir s'accrocher au pouvoir à tout prix, il reconnaît sa défaite et permet une transition pacifique.

Un bilan économique plutôt positif

Critiqué pour son style autoritaire et pour la guerre désastreuse avec la Russie, Saakachvili a cependant réussi en dix ans à endiguer la corruption, à construire des infrastructures et relancer l'économie de ce pays qui avait connu après la chute de l'URSS en 1991 une guerre civile et l'effondrement de l'économie.

Ses réformes ont aussi fait de nombreux mécontents: les fonctionnaires limogés pour corruption, les citoyens qui n'ont pas vu leur niveau de vie s'améliorer et ceux qui l'accusent d'avoir favorisé ses proches dans le monde des affaires.

Une popularité au plus bas

Aujourd'hui, seuls 26% des Géorgiens ont une opinion positive de Mikheïl Saakachvili et le candidat de sa formation n'est crédité que de 20% des intentions de vote, loin derrière le candidat du Premier ministre Bidzina Ivanichvili. Mais Saakachvili ne baisse pas les bras. «Ce n'est pas la fin. C'est le début d'un retour», a-t-il promis à ses partisans.