Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, le 17 octobre 2013 à New Delhi (Inde).
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, le 17 octobre 2013 à New Delhi (Inde). — Manish Swarup/AP/SIPA

MONDE

Hongrie: Viktor Orban, autoritaire et populaire

Depuis la confortable victoire de son parti, le Fidesz, aux élections législatives en avril 2010, le leader nationaliste multiplie les atteintes aux libertés, mais reste populaire...

Comme chaque année depuis 2011, les partisans et les opposants du Premier ministre Viktor Orban mesureront leurs forces respectives ce mercredi dans la rue à l’occasion des célébrations du 23 octobre, qui commémorent le soulèvement hongrois de 1956 contre l'Union soviétique. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues dans des manifestations parallèles. Pour la première fois, la gauche hongroise présentera un front uni à six mois des législatives, espérant contrer celui qu’elle accuse d'avoir muselé tous les contre-pouvoirs dans le pays.

Sourd aux critiques de l’Union européenne

De fait, depuis trois ans, Viktor Orban multiplie les atteintes aux libertés fondamentales. Après l’adoption d’une loi sur les médias, jugée liberticide, en 2011, il a soulevé un tollé en modifiant la Constitution sans aucune concertation avec l’opposition. Ces réformes avaient valu à Viktor Orban des rappels à l'ordre de l'Union européenne (UE), dont la Hongrie est membre depuis 2004. En vain. Sourd aux critiques de l’UE, le Premier ministre a poursuivi dans cette voie en mettant à profit la majorité dont dispose son parti au Parlement, qui avait remporté les deux tiers des sièges en 2010.

En mai dernier, un rapport de Human Rights Watch s’est inquiété de l’impact de cette nouvelle Constitution et des quelque 600 nouvelles lois adoptées. «Les changements légaux mis en place par le gouvernement hongrois sont en train d’éroder l’Etat de droit et de nuire à la protection des droits humains, souligne dans le rapport Lydia Gall, chargée de recherche pour les questions touchant aux Balkans et à l’Europe de l’Est chez Human Rights Watch. Mais ce qui est le plus alarmant, c’est l’incapacité du gouvernement à suivre les conseils des institutions européennes et à respecter sa propre Cour constitutionnelle.»

Le Parlement européen est reparti à la charge cet été en adoptant le rapport Tavares, qui exhortait la Hongrie «à restaurer» l'Etat de droit, à respecter l'indépendance du pouvoir judiciaire et à garantir les libertés d'expression, des médias et de culte, ainsi que le droit de propriété ou encore les droits des minorités. «Nous n’acceptons pas les leçons de démocratie que vous prétendez nous donner», a rétorqué Viktor Orban, bravache.

L’Union européenne ne dispose pas de moyens pour contraindre un État membre à respecter l’Etat de droit. A défaut, le Parlement européen proposait dans le rapport Tavares de créer un comité d’experts chargé de surveiller l’état de la démocratie en Hongrie.

«Il a réactivé le sentiment nationaliste hongrois»

Malgré les critiques de ses détracteurs, Viktor Orban reste populaire en Hongrie. «Il a réactivé et instrumentalisé un sentiment nationaliste qui était déjà là avant. Il a encensé la fierté hongroise. Du point de vue franco-français, les mesures que prend Viktor Orban sont extrémistes -il a d’ailleurs siphonné une partie du programme du parti d’extrême droite Jobbik. Mais dans le paysage politique hongrois, ce n’est pas le cas», observe Magali Balent, politologue à la Fondation Robert Schuman.

Méfiant envers l’Union européenne, qu’il a comparée à l’URSS, le Premier ministre l’est également envers les minorités en Hongrie. Des critiques qui trouvent un écho favorable dans le pays, où le sort des nombreuses minorités fait débat, et où une large partie de la population déplore que l’adhésion à l’UE n’ait pas apporté la croissance espérée.

Signe de cette popularité, un sondage de l'institut Sonda-Ipsos publié jeudi donne le Fidesz en tête avec 26% des intentions de vote aux prochaines législatives. Et selon Attila Juhasz, directeur de l'Institut d'analyse politique Political Capital, Viktor Orban paraît avoir de bonnes chances d'être réélu.