Luxembourg: Le phénix Jean-Claude Juncker remporte les législatives

MONDE Premier ministre depuis près de 19 ans, cette dernière grande figure de la construction européenne se présentait pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Luxembourg...

Bertrand de Volontat

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Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à Copenhague ce vendredi 30 mars
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à Copenhague ce vendredi 30 mars — TYCHO GREGERS/AP/SIPA

Démissionnaire en juillet, il est réélu Premier ministre en octobre. «L’infatigable» Jean-Claude Juncker, bientôt 59 ans, a été reconduit pour un nouveau mandat par les électeurs du Luxembourg qui avaient la lourde mission dimanche lors des élections législatives anticipées de voter en faveur du «mammouth» de la politique européenne ou de faire souffler un vent d'«air frais», en lui préférant notamment le socialiste Etienne Schneider.

Membre du gouvernement depuis près de 31 ans, Juncker était confronté à l’usure du pouvoir dans un contexte économique plus difficile pour ce pays qui reste l'un des plus riches du monde mais qui a vu le taux de chômage grimper à près de 7% et l'endettement multiplié par trois en 15 ans.

Elu premier ministre à l’époque de Mitterrand

Après 18 ans au pouvoir, Jean-Claude Juncker, chef de file du Parti chrétien-social (CSV), a provoqué des élections sept mois avant l'échéance, après avoir été contraint à la démission en juillet. Ses alliés socialistes avaient alors fait défection, à la suite d’accusations sur son implication dans un scandale lié au service de renseignement. Ce dernier a commis de graves irrégularités, notamment en espionnant à grande échelle la population et une partie de la classe politique. Le CSV avait tout de même axé sa campagne électorale sur la personnalité et l’expérience de Juncker. Et il a convaincu. «C'est une personnalité extrêmement tenace, expérimentée, qui asu rebondir», confie le président de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini, à 20 Minutes

Jean-Claude Juncker est devenu Premier ministre en janvier 1995, alors que François Mitterrand et Helmut Kohl étaient encore au pouvoir. Facilement réélu en 1999, 2004 et 2009, il a vécu la profonde transformation de l'Union européenne, l'échec du traité constitutionnel en 2005, l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne quatre ans plus tard, puis la crise de la dette et le sauvetage de l'euro, une tâche à laquelle il s'est consacré avec ardeur pendant huit ans à la tête de l'Eurogroupe (réunion mensuelle des ministres des Finances des États membres de la zone euro) de 2005 à 2013.

Pro-européen convaincu, il se concentrera désormais sur son pays

Enfant de l'après-guerre, Jean-Claude Juncker, né fin 1954, a toujours considéré les intérêts de son pays, un des six fondateurs de l'UE, comme étant intimement liés à la cause de l'Europe. Il a toujours défendu la nécessité d'accorder plus de place à la dimension sociale, «enfant pauvre de l'Union économique et monétaire». «Juncker, c'est le chrétien-démocrate le plus socialiste qui existe», affirme Daniel Cohn-Bendit.

Pro-européen convaincu, il s'est toujours considéré comme à la croisée des chemins franco-allemands. Juncker, dirigeant d'un des plus petits pays de l'UE, n'a jamais hésité à hausser le ton contre les capitales, notamment pour refuser un éventuel diktat franco-allemand. Son franc-parler lui a probablement coûté le poste de président du Conseil européen dont il rêvait en 2009. Son viatique a toujours été la promotion de la construction européenne, avec une vision fédéraliste qui lui a valu en 2006 de recevoir le prestigieux prix Charlemagne pour l'unification européenne. «Pour les Luxembourgeois, Juncker est un élément de fierté nationale», poursuit Philippe Marini.

Certains lui ont pourtant reproché d'avoir délaissé le Grand-duché au profit de l'Europe, et d'avoir ainsi fait preuve d'une négligence coupable vis-à-vis des dérives de son service de renseignement. Au cours de la campagne, Jean-Claude Juncker a promis de se consacrer désormais davantage à son pays, place financière internationale nichée entre la France et l'Allemagne. Il a enfin assuré qu'il ne briguera pas un nouveau poste européen, comme ceux de président du Conseil européen ou de la Commission.