La mort de Sean Bell, tué par la police, réveille les démons de l'Amérique

Catherine Fournier

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Relançant la polémique sur les crimes racistes aux Etats-Unis, la mort d’un jeune noir tué par la police new-yorkaise le 25 novembre dans le Queens fait réagir les blogueurs américains. Sean Bell, 23 ans, est tombé sous les balles de cinq agents en civil de la NYPD, alors qu’il venait de fêter son enterrement de vie de garçon dans une boîte de nuit avec deux amis.

L’enquête a révélé depuis que les trois jeunes hommes n’étaient pas armés… Cette affaire vient s’ajouter à « la longue liste d’Afro-Américains tués alors qu’ils n’étaient pas armés sous l’ère du chef de la police new-yorkaise Raymond W. Kelly », rappelle NPYD Condidential, un blog sur les coulisses du département. Le blogueur remarque toutefois que la réputation de Kelly souffre moins de ces affaires que son prédécesseur, Howard Safir, dont la carrière avait été ternie par la mort en 1999 d’Amadou Diallo. Ce Guinéen avait été abattu de 41 balles par des policiers convaincus qu'il allait tirer alors qu'il tentait de sortir son portefeuille. Les quatre agents impliqués, tous blancs, avaient été acquittés. 41 balles, comme le dit la chanson de Bruce Springteen, c’est pourtant 9 de moins que dans le cas Sean Bell.

«Contagious shooting»

La plupart des blogs mettent en doute la théorie du «contagious shooting» invoquée dans la plupart de ces « bavures » policières : un policier tire et ses collègues, le croyant menacé, tirent à leur tour, et ainsi de suite… « La police affirme que ce phénomène a joué un rôle dans la mort de Sean Bell », note le blog The State of…. Avant de s’interroger : « Est-ce le même phénomène qui a coûté la vie à Kathryn Johnston à Atlanta mardi dernier ? Je ne crois pas. »

Une affaire similaire a en effet eu lieu une semaine plus tôt. Le 21 novembre, des policiers font irruption sans frapper (selon la technique du « no knock ») dans une maison de la banlieue sud d’Atlanta, croyant surprendre un trafiquant de drogues. A la place, c’est une mamie afro-américaine de 92 ans qui les accueille, terrorisée, un revolver à la main. Sa première réaction est de tirer, blessant trois policiers, qui la tuent en retour de plusieurs balles. Et les blogueurs d’énumérer les soi-disant autres victimes du «contagious shooting»: Malcom Ferguson, Amadou Diallo, Alberta Spruill, Desmond Robinson, Abner Louima, Timothy Stansbury , Patrick Dorismond... Toutes de couleur noire.

Certains refusent d’adhérer à cette théorie. « Pas de conclusions hâtives » dans l’affaire Sean Bell, préconise Anti-Strib. « Tant que nous n’avons pas connaissance de tous les éléments, on ne peut pas dire que le gars a été tué simplement parce qu’il était black. » « Demander la démission de Kelly semble un peu prématuré », renchérit Liberal Common Sense. Nick Vertucci, dans son blog New York Young Republican Record, met lui en cause l’attitude des trois hommes samedi soir : « La première règle, pour ne pas faire se faire tirer dessus par un flic, est de ne pas foncer sur un officier en civil qui se tient devant votre voiture. »

Gestes d'apaisement

Selon le chef de la police, la voiture des trois garçons qui quittaient la boîte de nuit – où la violence est fréquente – aurait foncé sur le policier en civil qui s’était placé devant ainsi que sur une camionnette banalisée. L’agent devant la voiture a ouvert le feu en premier, criant « il est armé, il est armé ». Une version contredite dans le Daily News par Trini Wright, danseuse au Kalua Club, qui a vu «la camionnette percuter leur voiture et les policiers ouvrir le feu. Aucun stop, aucun ordre, rien.» Une enquête est en cours.

Pour éviter un regain de tensions raciales, le maire de New York, Michael Bloomberg multiplie les gestes d’apaisement envers la communauté noire. Dès lundi, il a qualifié les 50 tirs d’« usage excessif de la force »: « Il me semble inacceptable ou inexplicable qu'une cinquantaine de balles aient pu être tirées », a-t-il déclaré, juste après avoir reçu élus et leaders de la communauté noire. Mardi encore, il a rencontré dans le Queens la famille de la victime et des représentants du district.

Après l'affaire Diallo, le maire de l’époque, Rudolf Giuliani, avait mis un mois avant de recevoir les leaders noirs.

Pour en savoir plus sur l’affaire Sean Bell :
- L’infographie animée du New York Times.
- La vidéo du maire Bloomberg condamnant les policiers impliqués dans la mort du jeune homme.