Dette américaine: Après la date fatidique, des options minces et chaotiques

ECONOMIE Après deux semaines de chômage forcé pour les fonctionnaires américains, jeudi le Trésor ne pourra plus emprunter...

avec AFP

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Barack Obama à Washington le 1er octobre 2013.
Barack Obama à Washington le 1er octobre 2013. — Charles Dharapak/AP/SIPA

DERNIERE MINUTE: La rencontre entre Obama et les chefs du Congrès est «reportée» selon la Maison Blanche.

Mais la présidence américaine a laissé entendre que le report de cette réunion prévue initialement à 15h (21h à Paris) ne constituait pas un mauvais signe, en soulignant qu'il avait été décidé «afin de permettre aux chefs de file du Sénat de continuer à effectuer des progrès importants vers une solution pour relever le plafond de la dette et rouvrir les administrations».

Le Président américain Barack Obama avait assuré un peu plus tôt que la crise de la dette pouvait être résolue «aujourd'hu» si les républicains coopèrent. 

Le président doit recevoir ce lundi les chefs de file du Congrès américain, en pleines discussions pour écarter in extremis la menace d'un défaut de paiement des Etats-Unis, a annoncé un responsable de la Maison Blanche. Le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, ainsi que les dirigeants des minorités dans les deux assemblées, la démocrate Nancy Pelosi et le républicain Mitch McConnell, sont attendus au siège de la présidence à 21h, a précisé ce responsable sous couvert d'anonymat.

 

Au moment où la date fatidique du 17 octobre approche sans accord au Congrès américain, les options de l'administration de Barack Obama pour éviter un défaut de paiement des Etats-Unis sont minces et chaotiques. Jeudi, le Trésor américain ne sera plus autorisé à emprunter et il ne lui restera plus que 30 milliards de dollars disponibles pour d'éventuels paiements, selon le secrétaire au Trésor Jack Lew.

Date butoir entre le 22 octobre et la fin du mois

Ce n'est toutefois pas forcément à cette date que l'Etat fédéral américain, pour la première fois de son histoire, sera en défaut de paiement, incapable de payer des chèques de pension aux retraités, des intérêts de sa dette ou les salaires des soldats. «Il est impossible de prévoir avec précision» une date butoir, répète Jack Lew. Cela dépend «des énormes variations des dépenses et des revenus générés par les impôts au jour le jour». Ainsi, le Bureau du Budget du Congrès (CBO) avance une date limite entre le 22 et la fin du mois d'octobre.

Les premières factures qui vont se présenter sont des prestations sociales: des pensions de retraités pour 12 milliards de dollars le 23 octobre, des paiements au système d'assurance santé pour les plus âgés (Medicare) pour 18 milliards le 1er novembre, des salaires et retraites de militaires le même jour pour 12 milliards, selon le centre de réflexion. Concernant la dette extérieure, deux grosses tranches de refinancement de la dette fédérale interviennent les 24 et 31 octobre, pour 57 milliards et 115 milliards de dollars.

Si ce refinancement ne représente pas une nouvelle dépense immédiate pour le ministère des Finances, puisqu'il s'agit de rembourser les créanciers en réémettant immédiatement des bons pour le même montant, cette échéance présente déjà un risque.

«La réalité sera chaotique»

«L'opération pourrait ne pas se passer en douceur», écrit une analyse du centre de réflexion. «Le Trésor devra payer plus cher en intérêts pour attirer de nouveaux acheteurs. Il est même possible, quoique peu vraisemblable, que trop peu d'investisseurs se présentent, forçant le Trésor à trouver de l'argent comptant» pour opérer à ce refinancement.

6 milliards de dollars le 31 octobre... pour les intérêts de la dette

Enfin, une des échéances les plus délicates est celle d'un paiement d'intérêts sur la dette de 6 milliards de dollars le 31 octobre. Car deux scénarios s'offrent au Trésor pour minimiser les dégâts: payer suivant un ordre de priorité arbitraire, ou payer sur la base du «premier arrivé, premier servi», au jour le jour avec retard au gré des rentrées de revenus, les factures quand elles se présentent.

Dans les deux scénarios, il est très probable que les intérêts de la dette soient de toute façon payés en priorité. Un système informatique séparé permet en effet d'isoler ces paiements, ce qui n'est pas le cas pour les prestations sociales. Et l'on veut éviter à tout prix l'onde de choc «potentiellement catastrophique» d'un défaut américain sur les marchés financiers, comme l'a souligné M. Lew.

Mais arbitrer en faveur de la dette plutôt que des chèques aux anciens combattants sera aussi politiquement très coûteux. L'autre option envisagée, qui déjà lors d'une crise similaire à l'été 2011 avait été évoquée comme «la moins pire des solutions», serait pour le Trésor d'attendre des rentrées d'impôts suffisantes pour payer les échéances avec retard. Le processus entraînerait une cascade de retards et une douloureuse incertitude pour les Américains attendant leurs pensions, leurs salaires, leurs prestations de santé. Sachant que depuis presque deux semaines déjà, des centaines de milliers de fonctionnaires sont en chômage forcé à cause de la fermeture partielle des services fédéraux, causée par l'impasse budgétaire au Congrès.