L'Onusida enjoint à Pékin de renoncer à interdire les séropositifs dans les bains publics

MONDE La condition des malades du Sida n'est pas des plus simples dans le pays...

avec AFP

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Une chercheuse chinoise dans le labatoire de recherche et de prévention contre le Sida. 
Une chercheuse chinoise dans le labatoire de recherche et de prévention contre le Sida.  — AFP

L'agence de l'ONU pour la lutte contre le sida (Onusida) s'est déclarée lundi opposée à un projet de loi des autorités chinoises prévoyant d'interdire aux séropositifs l'accès aux bains publics et aux clubs de remise en forme.

Le nouveau règlement envisagé, rendu public par le Conseil des affaires de l'Etat (gouvernement) sur son site internet, obligerait les établissements chinois de spa et de bains publics à installer des panneaux interdisant l'entrée aux «personnes porteuses d'une maladie sexuellement transmissible, du virus HIV et de pathologies cutanées contagieuses».

Pas de risque de transmission

Cette proposition du ministre du Commerce est la dernière en date d'une longue liste de discriminations envers les porteurs du VIH. «L'Onusida recommande que soient retirées du projet de loi final les restrictions empêchant aux séropositifs d'avoir accès aux bains publics, aux spas ainsi qu'aux autres établissements similaires», a déclaré à l'AFP Hedia Belhadj, coordinatrice de l'agence onusienne en Chine.

Hedia Belhadj a souligné que qu'il n'y avait aucun risque de transmission du virus du sida dans ces établissements.

L'Onusida estime que la Chine compte 780.000 séropositifs. De nombreux experts jugent ce nombre largement sous-évalué, dans un pays de plus de 1,3 milliard d'habitants où persistent les préjugés et les discriminations contre les séropositifs, malgré des progrès ces dernières années.

Une loi discriminante retirée

Des ONG et d'autres associations de soutien aux séropositifs et aux malades du sida ont également exprimé leur opposition au projet de loi. «L'unique objet de ce projet est d'exercer des discriminations à l'encontre de ceux qui souffrent du sida», a déclaré à l'AFP Yu Fangqiang, directeur de l'ONG «Justice pour tous» dont le siège est à Nankin.

Son organisation, en association avec cinq autres ONG, travaille à apporter une riposte commune au projet de loi, a-t-il assuré. La Chine n'a annulé qu'en 2010 une loi controversée interdisant aux étrangers séropositifs d'entrer sur son territoire.

Toutefois, les autorités chinoises se sont récemment mises à parler plus librement de la prévention et du contrôle du VIH. Elles ont également facilité l'accès des séropositifs à des traitements antirétroviraux gratuits.

En avril, une réforme qui proposait d'interdire aux séropositifs d'enseigner dans la province du Guangdong (sud) a été retirée après une levée de boucliers des associations de malades.

Plaintes déboutées

Mais les discriminations envers les séropositifs restent un problème important sur les lieux de travail et dans les hôpitaux chinois.

La plupart de ceux qui ont porté plainte pour discriminations ont été déboutés. Cependant, pour les militants, une récente décision a relancé l'espoir car elle pourrait créer un précédent.

Un jugement inédit a donné raison cette année à un professeur qui s'était vu refuser un poste après que sa séropositivité avait été révélée. Le bureau de l'éducation d'un département de la région de Jiangxi a été condamné à lui verser 45.000 yuans (5.400 euros), selon les médias publics chinois.

Les associations et les organisations internationales considèrent que la stigmatisation des séropositifs en Chine a compliqué la lutte contre le VIH.

Combattre «la stigmatisation des personnes qui vivent avec le VIH et les discriminations à leur égard est essentiel dans le cadre d'un plan national» de lutte contre le virus, a insisté Hedia Belhadj.