Immigration: L’Europe face à des choix politiques

M. Go. avec AFP

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  									Un bateau de migrants arrive sur l'île italienne de Lampedusa, le 1er août 2011. Sur le quai sont allongés les corps de 25 migrants africains qui tentaient de rejoindre l'Italie depuis la Libye.
Un bateau de migrants arrive sur l'île italienne de Lampedusa, le 1er août 2011. Sur le quai sont allongés les corps de 25 migrants africains qui tentaient de rejoindre l'Italie depuis la Libye. — ALESSIA CAPASSO/AP/SIPA

Les week-ends se suivent et se ressemblent sur les frontières de l’Europe. Samedi, au moins 33 migrants ont péri lors du naufrage de leur embarcation au sud de Malte. Un drame qui arrive 9 jours après les 359 morts de Lampedusa. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon s’inquiète et «demande à la communauté internationale d'agir». L’Europe se retrouve au pied du mur et doit trouver des solutions locales à une problématique mondiale.

A court terme: Gérer l’urgence

Pour les pays européens, il s’agit d’abord de surveiller la zone. Pour tenter de sauver les naufragés (180 migrants sauvés dimanche matin en Sicile) mais aussi dissuader les migrants de tenter leur chance dans les jours à venir. Lundi,  les unités navales de la marine italienne seront triplées et recevront un appui aérien.

Le Premier ministre Italien Enrico Letta en appelle à la solidarité européenne. «On ne peut pas continuer comme ça», a-t-il lancé. Le Parlement européen a donné jeudi son aval à la mise en place en décembre prochain d'Eurosur, un système de surveillance des frontières de l'UE avec les pays de la Méditerranée destiné à prévenir les mouvements de migrants. «Il faut qu'on mette en marche immédiatement Eurosur», a poursuivi Letta.

La semaine dernière, Cecilia Malmström, la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures, s’est prononcée pour «une grande opération de sécurité et de sauvetage». «Je vais demander le soutien et les ressources nécessaires pour faire cela, pour sauver plus de vies», a-t-elle déclaré avant d’expliquer que cette opération serait confiée à Frontex, l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures de l'UE, qui manque de moyens.

A moyen terme: Se rencontrer et se concerter

La communauté internationale doit se réunir. Tout le monde le demande… Ban Ki Moon, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, qui réclame l’organisation «d’un sommet international sur l'émigration» ou encore la France qui souhaite que cette question soit inscrite à l’ordre du jour du prochain sommet européen les 24 et 25 octobre. «Ce n'est pas un sujet qui concerne le seul pays le plus proche des côtes africaines, à savoir l'Italie», a déclaré le ministre des Affaires européennes, Thierry Repentin.

«L'Europe doit décider de son destin: est-ce qu'elle veut détourner le regard d'un changement historique des flux migratoires ou réagir avec de nouvelles mesures juridiques et politiques», a expliqué le ministre de la Défense italien, Mario Mauro. Selon ce dirigeant, les situations en Somalie, Erythrée, Syrie pourraient amener des «millions de gens» à quitter ces pays dans les prochaines années.

Si les dirigeants européens vont se voir assez vite, rien n’est encore prévu avec le reste de la communauté internationale. «Il faut un dialogue inclusif entre les pays de départ et les pays d'accueil, et pour que les responsabilités désormais assumées permettent de conjurer de nouvelles tragédies liées à l'émigration», a prôné le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta.

A long terme: Décider d’une nouvelle politique migratoire

Les sources de tensions sont nombreuses en Europe. D’abord, les pays du Sud (Italie, Malte, Grèce, Chypre, Bulgarie et Espagne) aimeraient être plus épaulés par les pays du Nord, lieu de destination finale des migrants. Points d’entrée, l’Italie, Malte ou encore la Grèce  doivent s’occuper de refouler les migrants économiques et de traiter les demandes d’asile politique, en vertu de l’accord Dubin II. Débordés, ils aimeraient que ces politiques soient révisées.

Autre souci: le manque de coordination. Car chaque pays décide du nombre de migrants qu’il peut accueillir. «Les politiques migratoires, fragmentées, sont entre les mains des Etats membres et considérées à l'aune de préoccupations intérieures», a ainsi déploré Michele Cercone, le porte-parole de la commissaire aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Faut-il que l’Union européenne décide des flux migratoires? Certains souhaitent même ouvrir les frontières. «Il faut ouvrir l'Europe, donner une possibilité légale de rentrer en Europe, tant qu'on ne le fera pas, on aura les horreurs de Lamedusa. Les responsables ce n'est pas l'Europe, ce sont les gouvernements des différents pays (...) ce sont les ministres de l'Intérieur des Etats européens, le ministre français, le ministre allemand», a déclaré l’eurodéputé, Daniel Cohn Bendit, samedi.