Le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, annonce le vainqueur du prix Nobel de la paix, le 11 octobre 2013 à Oslo (Norvège). 
Le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, annonce le vainqueur du prix Nobel de la paix, le 11 octobre 2013 à Oslo (Norvège).  — Heiko Junge/AP/SIPA

INTERVIEW

Nobel de la paix à l'OIAC: «Ce prix récompense un travail mené discrètement depuis des années»

Olivier Lepick, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, consacre ses travaux à la question des armes chimiques et biologiques. Il réagit pour «20 Minutes» à l’attribution ce vendredi du Prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC)…

Comment réagissez-vous à l’attribution ce vendredi du Prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques?

C’est une récompense justifiée qui célèbre le travail accompli par l’organisation depuis de nombreuses années dans la discrétion, et qui a été mis en lumière par la crise syrienne [elle est chargée de superviser le désarmement de l'arsenal chimique syrien]. A travers elle, l’Académie a voulu faire deux choses: conforter le rôle majeur que va jouer l’organisation dans le cadre du démantèlement en Syrie et, plus fondamentalement, récompenser le travail qu’elle mène depuis 1997.

La Convention sur l'interdiction des armes chimiques [CIAC, entrée en vigueur en 1997] a permis d’éradiquer la quasi-totalité des armes chimiques dans le monde. L’arbre syrien cache la forêt du désarmement dans le monde, car 189 Etats ont ratifié la Convention. Seuls 5 ne l’ont pas fait. Et 82% des stocks déclarés par les Etats membres ont été détruits. Ceux des Etats-Unis et de la Russie, gigantesques, le seront totalement d’ici la prochaine décennie.

Ce prix peut-il avoir une incidence sur le plan politique et dans le rapport de force vis-à-vis de la Syrie?

Oui, sur le plan diplomatique, l’OIAC va gagner en visibilité et en poids. Le prix va renforcer son aura vis-à-vis de la communauté internationale.

Les inspecteurs de l’OIAC ont commencé leur travail en Syrie. Parviennent-ils à mener à bien leur mission?

On en est aux prémices. Pour l’heure, ce n’est que de la communication politique et diplomatique. Le démantèlement va véritablement commencer dans quelques mois, quand la phase d’inventaire sera terminée. Les difficultés commenceront à ce moment-là.

L'accord russo-américain sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien, signé à Genève le 14 septembre, stipule que la Syrie doit remettre l'intégralité de son arsenal chimique, qui devra être détruit d'ici à la mi-2014. Damas peut-il malgré tout cacher des stocks à l’OIAC?

On peut tout envisager. Il faut voir ce qu’on va découvrir sur le terrain. C’est pour ça qu’il est trop tôt pour établir un calendrier. La date fixée – le premier semestre 2014, c’est-à-dire demain - est très éloignée des réalités opérationnelles et fait doucement rigoler les experts. Cela prendra beaucoup plus de temps. A titre d’exemple, la Russie aura eu besoin de plus 25 ans en tout pour détruire ses stocks.

Pourquoi avoir fixé une telle échéance, alors? Cela ne risque-t-il pas d’être contre-productif?

En 2014, tout le monde aura oublié!