Noorulhaq Olomi : «Les pouvoirs locaux ne peuvent rien contrôler»

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Noorulhaq Olomi

Président du comité de Défense, membre du Parlement afghan.

Les talibans peuvent-ils revenir au pouvoir ?

Aucune personne civilisée ne veut que ces musulmans fondamentalistes, soutenus par le Pakistan, ne reviennent. Car tout le monde sait que le régime des talibans n'était pas un régime. Ils ont fermé les écoles, surtout pour les filles. Ils n'y avait pas de Constitution, ni d'institutions à cette époque.

La population, frustrée par l'aide internationale, pourrait-elle malgré tout se radicaliser ?

Il y a deux choses aujourd'hui. D'une part, la population est désabusée car le groupe d'opposition au gouvernement ne veut pas coopérer ni faire de lois, pour pouvoir continuer à se mettre l'argent dans les poches. Si les talibans reviennent, les gens ne les rejetteront pas et se diront que c'est toujours mieux que le gouvernement. Ce mouvement grossit chaque jour.

D'autre part, les actions militaires, qui tuent des civils innocents dans les villages à cause de leurs liens avec les talibans, retournent la population contre l'action gouvernementale et la rapprochent des talibans.

Que peuvent faire les pouvoirs locaux ?

Ils sont trop faibles. Ils n'ont aucune qualification et ne peuvent rien contrôler. D'ailleurs, beaucoup tirent profit de l'instabilité. Et, s'ils sont là, c'est grâce à leurs liens avec des gens haut placés. Le gouvernement doit les remplacer.

Quel regard portez-vous sur les efforts de reconstruction ?

Nous gâchons les efforts de la communauté internationale. Ces quatre dernières années, 40 écoles ont été construites. Elles ont été détruites par les talibans. Cet argent est perdu. De plus, la corruption est partout, même au sein du gouvernement.

Et sur l'action militaire de la communauté internationale ?

La communauté internationale est venue pour apporter la paix, la sécurité et la reconstruction. Mais avec les ingérences du Pakistan et la faiblesse des pouvoirs locaux en Afghanistan, les gens pensent qu'elle est venue pour nous tuer, pas pour nous aider.

Que faire, selon vous ?

Nous demandons à la communauté internationale de nous aider à trouver la capacité de défendre notre pays et apporter la sécurité par nous-mêmes. Combien de temps les militaires étrangers devront encore rester ? Vous nous avez apporté des tas de choses. Nous, nous ne faisons rien. Tout ce que nous avons, nous le devons à la communauté internationale. Quand elle partira, nous n'aurons plus rien. Je tiens à dire aux Etats-Unis en particulier : Vous perdez votre temps, votre énergie, votre argent, et des vies de vos compatriotes. Aidez-nous financièrement à devenir capables de contrôler tout le pays. Mais pourquoi rester si c'est pour vous faire tuer ?

Recueilli par notre envoyée spéciale à Kaboul, Faustine Vincent

Il faut que la communauté internationale nous aide à nous défendre par nous-mêmes.