Italie: «Berlusconi a écouté les "colombes" pour sauver son parti et son unité»

INTERVIEW Pierre Musso, professeur à l'université de Rennes II et spécialiste du berlusconisme, explique pourquoi Silvio Berlusconi a renoncé à faire sauter le gouvernement italien…

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Silvio Berlusconi au Sénat italien le 2 octobre 2013.
Silvio Berlusconi au Sénat italien le 2 octobre 2013. — REX/AGF s.r.l./REX/SIPA

Une volte-face inattendue. Ce mercredi, dans un retournement de situation dont lui seul a le secret, Silvio Berlusconi a appelé ses troupes à voter en faveur d'une motion de soutien au gouvernement d’Enrico Letta, alors qu’il avait initialement cherché à le faire chuter. Le chef du gouvernement italien a donc remporté ce vote de confiance crucial pour son gouvernement d’union nationale, qui rassemble depuis avril le centre gauche et le centre droit. Pierre Musso, professeur à l'université de Rennes II, spécialiste du berlusconisme et auteur de Sarkoberlusconisme, la crise finale? (éd. L’Aube, 2011), explique à 20 Minutes les raisons du revirement soudain du Cavaliere.

Comment expliquer le retournement de situation qu’a connu l’Italie ce mercredi?

Depuis le mois d’août et sa condamnation définitive à quatre ans de prison pour fraude fiscale (dont trois ans amnistiés), Silvio Berlusconi a engagé une partie d’échecs: il essaye de négocier de toutes les manières possibles pour ne pas perdre son siège de sénateur et son immunité. Or, la décision de la Commission spéciale du Sénat sur sa déchéance devrait être rendue vendredi. Ces derniers jours, il a donc tenté un coup de poker: faire démissionner les cinq ministres de son parti, le Peuple de la Liberté (PDL), du gouvernement d’Enrico Letta pour mettre la pression sur ce dernier, qui a dû demander la confiance du Parlement. Au risque de voir une fois de plus l’Italie politiquement déstabilisée.

Pourquoi a-t-il finalement changé d’avis et décidé de voter la confiance au gouvernement?

Pour ne pas voir le PDL se déchirer. Samedi, il a écouté les «faucons» du PDL, partisans de la rupture avec Enrico Letta et de la chute du gouvernement, mais ce mercredi, il a écouté les «colombes» du parti, car il a compris qu’il y avait un important risque d’implosion de celui-ci. Angelino Alfano, son dauphin, mais aussi 23 sénateurs de son parti ont publiquement annoncé leur dissidence: ils allaient voter la confiance au gouvernement, même si cela allait à l’encontre des ordres de Berlusconi. C’est quelque chose qu’il ne pouvait pas se permettre : un des éléments importants de sa force politique, c’est d’avoir toujours tenu son parti, d’avoir su y conserver l’unité, en rangs serrés derrière lui et derrière ses décisions. En suivant les «colombes», il a sauvé son parti et son unité.

Silvio Berlusconi est-il fini politiquement?

Le Sénat va sans doute le déchoir de son poste de sénateur vendredi, mais le Cavaliere est loin d’être fini politiquement, et il va même rester au centre du monde politique. D’abord parce qu’il va rester président du PDL. Il est toujours le leader du parti et continue de le conduire. Ensuite, parce qu’il est toujours plébiscité par les électeurs italiens. Dans les sondages, il est actuellement crédité de 27% d’intention de vote. Enfin, parce qu’il va continuer à jouer sur le même registre, en donnant l’image d’un homme faible, victime de complots ourdis par les juges, ses ennemis politiques…  Cela lui permet de capter l’attention en permanence, et donc de rester une référence. La preuve: le monde entier parle de lui aujourd’hui alors qu’il y a à peine quelques mois, tout le monde le disait fini. C’est bien cela pour lui l’essentiel: le pire serait d’être indifférent.