Italie: Vers une nouvelle crise politique?

DÉCRYPTAGE quelques heures du vote de confiance, prévu à la mi-journée, le suspense reste entier: Berlusconi va-t-il remporter son pari fou et faire tomber le gouvernement Letta?...

B.D. avec AFP

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Enrico Letta, président du Conseil italien désigné, tient une conférence de presse le 27 avril 2013 pour présenter son équipe gouvernementale après deux jours de tractations.
Enrico Letta, président du Conseil italien désigné, tient une conférence de presse le 27 avril 2013 pour présenter son équipe gouvernementale après deux jours de tractations. — Domenico Stinellis/AP/SIPA

Un vote qui pourrait à nouveau faire basculer l’Italie dans le chaos politique. Le président du Conseil, Enrico Letta, affronte ce mercredi devant le Parlement un vote de confiance crucial, où il compte sur les voix des dissidents du parti de Silvio Berlusconi pour maintenir son gouvernement.

Pourquoi y a-t-il un vote de confiance du Parlement italien ce mercredi?

La crise a éclaté samedi dernier, après la décision de Silvio Berlusconi de contraindre tous les ministres de son parti à la démission, jugeant «inacceptable» et «irrecevable» l'«ultimatum» d'Enrico Letta, demandant une clarification devant le Parlement du soutien du centre droit à son gouvernement de coalition droite-gauche.

De l'avis de tous les experts, avec ce «geste fou», le Cavaliere, qui attend la décision de la Commission spéciale du Sénat sur sa déchéance et son inéligibilité après sa condamnation définitive à quatre ans de prison pour fraude fiscale (dont trois ans amnistiés), cherchait avant tout à éviter d'être évincé du Sénat. Si son immunité de sénateur était levée, Berlusconi pourrait être placé en détention pour abus de pouvoir et prostitution de mineure dans le cadre de l’affaire Ruby, et pour corruption de sénateur.

Face à cette crise, le chef du gouvernement italien Enrico Letta a décidé de pousser le Cavaliere dans ses retranchements, en posant la question de confiance mercredi devant le parlement.

Que va-t-il se passer ce mercredi?

A 9h30, Enrico Letta entamera devant le Sénat son discours, où il devrait présenter un véritable programme pour gouverner jusqu'en 2015, comprenant une réforme de la loi électorale (qui aujourd'hui n'assure pas une majorité gouvernementale stable) et des mesures de relance économique. Ce discours sera suivi d'un débat puis d'un vote par appel nominal. Dans l'après-midi il répétera l'exercice à la Chambre des députés.

Le Sénat représente pour le chef du gouvernement le pari le plus risqué, car son sort dépendra du nombre de sénateurs du Peuple de la Liberté (PDL), le parti de Berlusconi, qui feront réellement défection et voteront la confiance. A quelques heures du vote, prévu à la mi-journée, le suspense reste entier. Le parcours à la Chambre des députés semble en revanche aisé car le parti démocrate (PD) et ses alliés centristes du parti de l'ex-chef du gouvernement Mario Monti, y disposent de la majorité absolue.

Y a-t-il des chances que Letta l’emporte?

Les cinq ministres du PDL se sont pliés à la volonté de leur chef, mais avaient critiqué sa volonté de rupture. Mardi, Angelino Alfano, dauphin de Berlusconi, vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Letta, a créé la surprise en appelant son parti à voter la confiance au gouvernement mercredi au Parlement. Plusieurs poids lourds du PDL se sont aussi désolidarisés de leur chef. Cependant, Silvio Berlusconi a demandé de nouveau à ses parlementaires mardi soir de ne pas voter la confiance.

Les «dissidents» sont donc la clé?

Sur le papier, Enrico Letta dispose de 137 voix garanties alors que la majorité absolue est de 161. Quatre ex-sénateurs du Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo ont annoncé qu'ils voteraient aussi la confiance, de sorte qu'il lui manque encore 20 voix. Selon l'ancien ministre et sénateur PDL Carlo Giovanardi, les parlementaires PDL qui voteront la confiance sont «plus de 40» sur 91.