Italie: Vote crucial pour le gouvernement et l’avenir de Berlusconi

MONDE Berlusconi parviendra-t-il à faire tomber le gouvernement lors du vote de confiance ce mercredi? Il espère avoir le soutien de ses parlementaires, qu’il a appelé la veille à ne pas voter la confiance. Mais les dissidents se multiplient au sein de son parti...

avec AFP

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Silvio Berlusconi au siège de son parti à Rome, le 19 septembre 2013.
Silvio Berlusconi au siège de son parti à Rome, le 19 septembre 2013. — AFP PHOTO /POOL /MASSIMO PERCOSSI

Le sort du gouvernement d'Enrico Letta et celui de Silvio Berlusconi se jouent ce mercredi. Déterminé à faire tomber le gouvernement pour tenter d’échapper à sa condamnation à la prison pour fraude fiscale, le Cavaliere espère compter suffisamment de soutiens pour rejeter le vote de confiance organisé au Parlement. «Le jour le plus long pour Berlusconi», titrait ce matin le quotidien La Repubblica.

Exaspéré par le dernier «coup» de Berlusconi, qui a plongé le gouvernement de coalition dans une nouvelle crise, le chef du gouvernement, Enrico Letta, a en effet décidé de clarifier la situation en organisant un vote de confiance ce mercredi au Parlement. Ce vote est crucial pour le pays, déjà plombé par la crise économique. Enrico Letta, lui, espère avoir les voix des nombreux dissidents du PDL de Silvio Berlusconi pour remporter la confiance.

«Le président du Conseil tiendra un discours fort pour relancer l'action du gouvernement, avec des engagements précis pour résoudre les problèmes du pays et prévoyant un large horizon temporel, non de quelques mois», a déclaré Gianni Cuperlo, un des responsables du Parti démocrate (PD, gauche), après une rencontre avec M. Letta, mardi soir. Il a ajouté que le discours du chef du gouvernement comportera aussi «une nette séparation entre les affaires personnelles de Silvio Berlusconi et le sort du gouvernement». De l'avis de tous les experts, le Cavaliere, 77 ans, a provoqué la crise politique actuelle dans une sorte de fuite en avant, pour éviter d'être évincé du Sénat après sa condamnation définitive début août à une peine de quatre ans de prison pour fraude fiscale (dont trois ans amnistiés).

Letta a refusé les démissions des cinq ministres

Silvio Berlusconi a confirmé à la veille du vote sa volonté de faire tomber le gouvernement, appelant ses parlementaires à ne pas voter la confiance mercredi à Letta. La rupture avec le gouvernement d'union gauche-droite de Letta date du week-end dernier, quand le Cavaliere a, à la surprise générale, réclamé la démission immédiate de ses cinq ministres.

Mais pour déjouer les projets du Cavaliere, Letta peut compter sur la fronde interne au parti Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et les dissidents qui refusent de suivre leur chef dans ce que les commentateurs ont qualifié de «geste fou». Mardi, des voix de plus en plus nombreuses se sont levées au sein du PDL, dont celle d'Angelino Alfano, numéro deux du parti et dauphin présumé du cavaliere mais également vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur, qui a appelé tous les parlementaires PDL à voter en faveur du gouvernement Letta. «Je reste fermement convaincu que notre parti tout entier doit voter demain la confiance à Letta», a déclaré Alfano, un avocat sicilien de 42 ans qui doit toute sa carrière au magnat des médias et était l'un de ses lieutenants les plus fidèles.

Pour faciliter la tâche aux modérés du PDL, Letta a refusé les démissions des cinq ministres PDL qui même s'ils avaient obéi à leur chef, avaient remis en cause sa stratégie de rupture avec l'exécutif Letta. «Nous avons assez de gens, nous sommes plus de 40 et nous sommes déterminés à vouloir maintenir l'équilibre du gouvernement. Donc nous voterons la confiance», a affirmé le sénateur Carlo Giovanardi, à propos de la rébellion au sein du PDL.

Les marchés parient sur un maintien du gouvernement

Le vote est prévu à la mi-journée. Letta commencera son parcours parlementaire devant le Sénat dans la matinée, où il tiendra son discours qui sera suivi d'un débat puis d'un vote par appel nominal. Dans l'après-midi il se rendra à la Chambre des députés.

Le Sénat représente pour le chef du gouvernement, un chrétien démocrate appartenant au Parti démocrate (première force de gauche), le pari le plus risqué car son sort dépendra du nombre de sénateurs du PDL qui feront réellement défection et voteront la confiance. Sur le papier, il dispose de 137 voix garanties alors que la majorité est de 161, en comptant également les sénateurs à vie. Quatre ex-sénateurs du Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo ont annoncé aussi qu'ils voteront la confiance, de sorte qu'il lui manque encore 20 voix.

Les marchés, aussi bien la bourse de Milan, qui a clôturé mardi sur une hausse de plus de 3% et que le marché obligataire où le taux des emprunts italiens a baissé, semblaient parier sur un maintien du gouvernement Letta. Le parcours à la Chambre des députés semblent en revanche aisé dans la mesure où le PD et ses alliés, «Choix civique» (SC) de l'ex-chef du gouvernement Mario Monti, disposent de la majorité absolue, même sans les transfuges du PDL.