«Shutdown» aux Etats-Unis: L'Etat fédéral au chômage technique, ça implique quoi?

ECONOMIE Faute d'un accord sur le budget au Congrès, les Etats-Unis connaissent depuis cette nuit, minuit, leur deuxième fermeture des services publics «non essentiels»...

P.B. avec AFP

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Illustration: Le Capitole, à Washington, le 20 janvier 2017.
Illustration: Le Capitole, à Washington, le 20 janvier 2017. — Cliff Owen/AP/SIPA

L’Etat fédéral américain a été mis au chômage technique ce samedi pour la seconde fois en vingt ans, ce qui devait affecter des centaines de milliers de fonctionnaires, faute d’un accord sur le budget au Congrès.

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Ce dernier avait jusqu’à minuit pour trouver un accord budgétaire afin d’éviter un « government shutdown », une fermeture de certains services publics, avec des fonctionnaires mis au chômage technique. L’impact dépendra d’une inconnue de taille : sa durée.

Un « government shutdown », c’est quoi ?

La fermeture de l’Etat fédéral. Les robinets du financement de l’administration sont coupés, obligeant la machine à tourner au ralenti. Si les services essentiels (santé, armée, etc.) sont assurés, environ un tiers des employés gouvernementaux (entre 800.000 et un million sur 2,8 millions) pourraient être obligés de rester chez eux, comme ceux des parcs nationaux ou certains de la Nasa et de plusieurs agences gouvernementales. La subtilité, c’est que de nombreux fonctionnaires (enseignants, policiers, éboueurs) sont en général payés au niveau local, Etat par Etat, et ne sont donc pas concernés.

Les premiers effets du « shutdown » devraient se faire sentir ce lundi. Les activités de nombreuses agences fédérales, comme les services fiscaux, seront réduites mais les services de sécurité seront globalement épargnés.

Les fonctionnaires sont-ils payés ?

Ça dépend. Ceux qui occupent des positions importantes continuent en général de travailler. Les autres sont forcés de prendre un congé sans solde mais ils peuvent être payés rétroactivement. Selon l’AFP, les 1,4 million de militaires américains poursuivront leurs opérations mais sans être payés.

La dernière, c’était quand ?

Il s’agit du premier « shutdown » depuis octobre 2013, sous l’administration Obama, qui avait duré 16 jours. En 1995-1996, sous Bill Clinton. Il y avait eu deux fermetures, dont une de 21 jours, à l’initiative des républicains, majoritaires à la Chambre. Depuis les années 1970, il y a eu une vingtaine de fermetures, toujours à l’initiative de l’opposition.

Et c’est grave ?

Pas vraiment, à condition que la crise ne s’éternise pas. Selon Lewis Alexander, économiste chez Nomura, les « conséquences directes d’une fermeture de l’administration ne sont pas immenses ». Si elle durait un mois, le tourisme, avec la fermeture des pacs nationaux, serait la principale victime. En général, la croissance ralentit puis rattrape le retard au trimestre suivant.

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En plein boum Internet, la crise de 1996 n’avait fait perdre qu’un point de croissance aux Etats-Unis, à 2,6 %, avant un envol à 7,2 % au suivant. Aujourd’hui, avec une reprise encore fragile, Obama accuse les républicains d’être « irresponsables » en faisant courir au pays le risque de retomber dans la récession.

A qui la faute ?

Chaque camp se renvoie la balle. Sous la pression du Tea Party, les républicains veulent sabrer par le budget des pans d’Obamacare, la réforme de la santé votée par le Congrès et signée par Obama en 2010. Ils proposent notamment de repousser d’un an l’entrée en vigueur du cœur de la réforme, l’obligation individuelle de souscrire à une assurance-santé à partir du 1er janvier 2014.

Qui jette en général l’éponge ?

Républicains et démocrates jouent à celui qui tiendra le plus longtemps sans cligner des yeux. L’enjeu numéro un, c’est la bataille de l’opinion. En général, un parti est toujours jugé davantage responsable de la crise que l’autre. Quand conserver ses positions sera intenable en vue des élections de mi-mandat de 2014, le perdant fera des concessions afin de débloquer la situation. Pour l’instant, l’opinion est divisée : 46 % estiment que la crise est la faute d’Obama, et 46 % des républicains.