Extrême droite: «Il y a des percées importantes en Europe, mais on ne peut pas parler de “vague“»

INTERVIEW Après les élections législatives en Autriche, qui ont vu dimanche une forte progression du principal parti d'extrême droite...

Bérénice Dubuc

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Le dirigeant du parti autrichien d'extrême-droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, le 27 septembre 2013 à Vienne, en Autriche.
Le dirigeant du parti autrichien d'extrême-droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, le 27 septembre 2013 à Vienne, en Autriche. — DIETER NAGL / AFP

Dimanche, les élections législatives en Autriche ont vu une forte progression du principal parti d'extrême droite, le FPÖ, à 21,4% contre 17,54% en 2008. Après la percée d’Aube dorée en Grèce, mais aussi les scores importants du FN en France aux élections de 2012, l’Europe met-elle le cap à l’extrême droite? Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), souligne que, si ce phénomène est réel, il ne touche pas tous les pays européens.

Avec l’élection autrichienne, assiste-t-on à une nouvelle montée de l’extrême droite en Europe?

Effectivement, il y a des percées importantes de partis d’extrême droite en Europe. Cependant, on ne peut pas parler de «vague», puisque ce phénomène n’est pas généralisé dans tous les pays européens. Dimanche, il y a eu les résultats que l’on connaît en Autriche, mais un autre scrutin, municipal celui-ci, était organisé au Portugal, et le score du Parti national rénovateur (PNR) a été misérable. C’est intéressant car ce pays est, comme la Grèce, dans une situation économique très difficile, mais cela ne donne pas pour autant l’élan nécessaire au parti d’extrême droite pour dépasser les 1%.

La crise n’est donc pas le seul facteur pouvant expliquer cette percée?

Non. Il y a un ensemble complexe de facteurs, qui tiennent à l’histoire de chaque pays, à l’histoire économique et sociale, à l’offre de partis disponible -ainsi, en Espagne et au Portugal, les grands partis de droite sont parvenus à capter ces types de vote, empêchant le développement de partis d’extrême droite. La capacité de l’extrême droite à mobiliser est également très importante. Mais dans certains pays, il n’y a pas de leader charismatique, et les partis ont du mal à décoller, comme en Belgique francophone, où l’amateurisme a tué le capital électoral qui existait pourtant bel et bien.

Cette extrême droite européenne est-elle uniforme?

Non. Il faut parler non pas de l’extrême droite mais des extrêmes droites, au pluriel. Ainsi, il existe en Europe des partis néo-nazis, comme Aube dorée en Grèce, qui n’est pas similaire au FN français, à l’Union Démocratique du Centre suisse ou au Vlaams Belang belge. Il est également important de faire la différence entre ces partis d’extrême droite selon leur origine: intrinsèquement d’extrême droite, ou radicalisation de partis de droite. Ainsi, le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV) aux Pays-Bas, n’est pas du tout héritier du parti pro-nazi qui existait dans le pays avant la Seconde Guerre mondiale, mais a été créé par Geert Wilders, qui vient de la droite libérale.

L’extrême droite peut-elle phagocyter la droite «classique»?

C’est la question qui se pose actuellement. L’enjeu majeur va être de savoir si ce sont les conservateurs libéraux démocratiques classiques ou la tendance nationale-populaire qui vont être majoritaires à l’intérieur même de la droite. On le voit en Autriche avec ces résultats, mais on le voit aussi en France, avec les tiraillements que connaît l’UMP.