L'ex-espion russe victime de polonium 210

Clémence Lemaistre (Avec AFP)

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Un ex-agent russe Alexandre Litvinenko restait lundi hospitalisé dans un état grave à Londres après avoir été empoisonné selon ses proches par Moscou, une affirmation cependant rejetée par les services secrets russes.
Un ex-agent russe Alexandre Litvinenko restait lundi hospitalisé dans un état grave à Londres après avoir été empoisonné selon ses proches par Moscou, une affirmation cependant rejetée par les services secrets russes. — AFP/HO

L’ex-espion russe passé au service de sa majesté est mort, mercredi soir sur son lit de l’University college hospital de Londres. Victime à 43 ans d’un violent poison. «Il était très malade quand il a été admis le 17 novembre et l’équipe médicale a fait tout son possible pour le sauver», a déclaré le porte-parole de l’hôpital.

L’état de santé d’Alexandre Litvinenko, en soin intensif depuis six jours, s’était brutalement jeudi. Sans que les médecins comprennent pourquoi. Alors que les bruits les plus fous ont couru dans la capitale britannique sur l’origine de son mal, Scotland Yard avouait jeudi ne toujours pas savoir «comment cet homme est tombé malade».

Vendredi, les autorités sanitaires ont annoncé qu'il avait probablement été empoisonné par du polonium 210, une matière hautement radioactive.

"Un événement sans précédent au Royaume-Uni", a déclaré la docteur Pat Troop, responsable de l’Agence de protection de la santé.

La piste russe
Devenu opposant au Président russe Vladimir Poutine, Alexandre Litvinenko avait obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne en 2001 et était citoyen britannique. Ces derniers temps, il enquêtait sur la mort d’Anna Politkovskaïa. La journaliste russe, qui ne cessait de dénoncer les horreurs commises par les milices pro-russes en Tchétchénie, avait été assassinée le 7 octobre à Moscou dans le hall de son immeuble.

Le 1er novembre Litvinenko avait bu le thé avec deux Russes, dont un certain « Vladimir » qu’il ne connaissait pas, dans un hôtel du centre de Londres, le Millenium. Puis il avait rencontré un «contact» italien, Mario Scaramella dans un restaurant. Ce dernier, qui lui aurait remis des documents en relation le meurtre d’Anna Politkovskaïa, a été mis hors de cause par les proches de l’ex-espion.

Reste donc la piste de «Vladimir». Elle a les faveurs de la presse britannique et des proches du défunt, qui voient tous dans cet empoisonnement la main de Moscou. « Il n’y a aucun doute que c’est le KGB qui a fait ca. Vladimir Poutine est un terroriste international », avait estimé, juste après l’empoisonnement de l’ex-espion, Oleg Gordievsky, ex-colonel du KGB ayant fait défection à l’ouest dans les années 1980. Les services de sécurités russes ont «envoyé en Grande-Bretagne quelqu’un avec pilule empoisonnée» mis cette pillule dans le thé de Litvinenko et l’on tué, a-t-il précisé vendredi à la BBC.

"Les salauds, ils m'ont eu": l'ancien espion russe était lui aussi persuadé d'être victime du Kremlin. dans une lettre posthume, lu vendredi ùatin à la presse, iol accusait nomément le maitre du Kremlin:
"Vous pouvez réussir à faire taire un homme (...) mais cela se répercutera, M. Poutine sur le reste de votre vie".

Un auto-empoisonnement ?
Des accusations réfutées par les autorités russe. "La mort est toujours une tragédie. Maintenant c'est aux services britanniques compétents de mener l'enquête", a déclaré le porte-parole russe Dmitry Peskov. "Nous n'avons rien à voir avec ce qui est arrivé à Litvinenko. Les services secrets russes ne pratiquent plus depuis longtemps l'empoisonnement ou toute forme d'assassinat", avait déclaré en début de semaine le porte-parole du renseignement extérieur (SVR), en charge de l'espionnage à l'étranger, Sergueï Ivanov. "Il faut chercher dans d'autres cercles" que ceux du pouvoir russe, a-t-il ajouté.

La police elle aussi émet quelques doutes sur la thèse de l’empoisonnement. Elle étudie "même la possibilité qu'il se soit empoisonné lui-même", affirme vendredi le Guardian, selon lequel certains enquêteurs douteraient de l'implication du Kremlin. Le journal évoque aussi la possibilité d'une mort naturelle, tout en citant la thèse d'une tentative de piéger le Kremlin, soulignant la campagne de presse très au point menée par son entourage.