Portugal: Vote sanction anti-austérité en vue pour le gouvernement

avec AFP

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Les Portugais se rendent aux urnes depuis dimanche matin pour un scrutin municipal qui prend des allures de référendum sur le programme d'austérité et risque de se transformer en vote sanction pour le gouvernement de centre droit. «Qu'ils soient de droite ou de gauche, les Portugais espèrent que le gouvernement sera sanctionné d'une manière ou d'une autre» pour avoir appliqué à la lettre la cure d'austérité prescrite par la troïka des créanciers, a commenté le politologue Antonio Costa Pinto.

Les élections se déroulent sous le regard attentif de la troïka (UE-FMI-BCE), présente à Lisbonne depuis deux semaines pour rendre son verdict sur le déblocage de la prochaine tranche de crédit, dans le cadre du plan d'aide de 78 milliards d'euros dont bénéficie le pays depuis 2011.

«La vie du gouvernement ne dépend pas du résultat de ces élections»

Fervent adepte de l'austérité, le Premier ministre Pedro Passos Coelho assure affronter ces élections «la tête haute». «La vie du gouvernement ne dépend pas du résultat de ces élections», jure-t-il alors que la coalition au pouvoir a failli éclater lors d'une grave crise en juillet.

Impopulaire, M. Passos Coelho affirme qu'il ne démissionnera pas, quel que soit le résultat des élections. Dernière démission en date après des élections municipales, l'ancien Premier ministre socialiste Antonio Guterres avait jeté l'éponge à la suite de la défaite de son parti en 2001. Le gouvernement actuel, au pouvoir depuis deux ans, «a réuni toutes les conditions pour terminer son mandat, d'autant que les rôles au sein de la coalition ont été redistribués en juillet», a déclaré à l'AFP Pedro Lino, analyste de Dif Broker.

Sur un plan national, des sondages donnent une large avance au Parti socialiste (PS), la principale formation de l'opposition, avec environ 38% des voix. Le Parti social démocrate (PSD, conservateur) du Premier ministre ne recueille que 26,5% des suffrages et son partenaire dans la coalition, le parti populiste CDS, 6,5%.

Lors des dernières municipales en octobre 2009, le PS était arrivé en tête en nombre de voix avec 37,6%, mais le PSD, allié à d'autres partis de droite, avait remporté une majorité de mairies, avec 139 municipalités contre 132 pour les socialistes. Le nombre record de candidats indépendants (80 contre 54 en 2009) pourrait compliquer la donne pour les partis traditionnels.

«Il faut punir les partis de la troïka»

«La grande inconnue de ce scrutin porte sur les scores que feront les indépendants. Cela pourrait changer la lecture nationale des résultats de ces élections», a relevé Antonio Costa Pinto. Si les jeux sont faits à Lisbonne, où le maire socialiste Antonio Costa devrait être réélu sans encombre pour un troisième mandat, c'est un candidat indépendant, Rui Moreira, qui fait la course en tête à Porto devant Luis Filipe Menezes (PSD).

Rui Moreira est soutenu par le CDS, membre de la coalition au pouvoir. D'autres candidats indépendants ont au contraire tenu à prendre leurs distances vis-à-vis de la classe politique et espèrent capitaliser sur la grogne anti-austérité. Car les mesures de rigueur que le Portugal a adoptées en échange de l'aide internationale sont de plus en plus contestées par une population qui a vu l'économie plonger et le taux de chômage exploser.

«Il faut punir les partis de la troïka», réclame ainsi Casimiro Menezes, président de la Confédération nationale des retraités, très remonté contre les coupes de 10% dans les pensions des fonctionnaires que vient d'annoncer le gouvernement. Les salariés du secteur privé ont eux aussi pâti des mesures d'austérité: «Sur les 1.300 euros que je touchais par mois, il n'en reste aujourd'hui que 1.040 euros», confie Maria Canavezes, comptable à la retraite. Elle espère que «le résultat des élections servira d'avertissement au gouvernement».