Italie: les ministres du parti de Berlusconi remettent leur démission

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Une énième crise gouvernementale a éclaté en Italie avec la démission samedi des cinq ministres membres du Peuple de la Liberté (PLD, centre droit), au lendemain d'un ultimatum du premier ministre Enrico Letta leur demandant de clarifier leur soutien. 
Une énième crise gouvernementale a éclaté en Italie avec la démission samedi des cinq ministres membres du Peuple de la Liberté (PLD, centre droit), au lendemain d'un ultimatum du premier ministre Enrico Letta leur demandant de clarifier leur soutien.  — Andreas Solaro AFP

Une énième crise gouvernementale a éclaté en Italie avec la démission samedi des cinq ministres membres du Peuple de la Liberté (PLD, centre droit), au lendemain d'un ultimatum du premier ministre Enrico Letta leur demandant de clarifier leur soutien.

Vendredi soir, un Président du Conseil excédé par la fronde constante des amis de Berlusconi, qui cherchent à empêcher que leur mentor soit déchu de son mandat de sénateur, avait annoncé qu'il demanderait la confiance du parlement.

Ce démocrate de gauche au profil de technocrate a dirigé depuis cinq mois une improbable coalition droite-gauche, qui a reçu la confiance des marchés. Jusque là, Silvio Berlusconi ne l'avait jamais vraiment menacé.

La fronde des amis du Cavaliere a brusquement redoublé jeudi: les parlementaires du Peuple de la liberté (PDL) ont menacé de démissionner en bloc pour protester contre le premier vote attendu, vendredi, d'une commission du Sénat sur la déchéance de Berlusconi de son mandat, après sa condamnation à un an de prison pour fraude fiscale.

Selon eux, ce vote est la conséquence ultime et infamante d'un complot d'une gauche déterminée à mettre fin à la carrière de leur héros persécuté par les «juges de gauche».

C'est dans ce climat délétère que le conseil des ministres avait été convoqué vendredi pour retarder une augmentation prévue au 1er octobre de la TVA italienne.

Mais aucune décision n'a été prise en raison de la tension politique: l'augmentation de l'IVA, de 21% à 22%, sera donc appliquée dès mardi 1er octobre. Cette hausse est redoutée par les milieux économiques car elle risque de peser sur la consommation.

Le Cavaliere avait invité, dans un message au chef du PDL et vice-premier ministre Angelino Alfano, les ministres de son parti à «ne pas se rendre complices d'une ultérieure vexation imposée par la gauche aux Italiens».

«La décision adoptée hier par le président du Conseil de geler l'action du gouvernement, entraînant de cette façon l'augmentation de l'IVA, est une grave violation du pacte de gouvernement», a argumenté M. Berlusconi.

L'ancien président du Conseil Mario Monti -- dont le mouvement centriste Scelta Civica est au gouvernement -- avait déclaré partager la conviction de M. Letta qu'une «clarification définitive» était requise face à «l'asservissement» à des intérêts politiques.

Le Cavaliere a été condamné de façon définitive le 1er août à une peine de prison pour fraude fiscale. Il devrait purger sa peine à domicile ou en effectuant des travaux d'intérêt général. Mais cette peine aura pour effet de rendre inéligible le milliardaire qui a dominé la politique italienne des vingt dernières années. C'est ce que son camp n'accepte pas.

Selon le Parti démocrate (PD, centre gauche), la formation de M. Letta, il s'agit d'un dernier «chantage» du Cavaliere pour éviter son exclusion humiliante de la scène politique.

Les jeux sont ouverts et incertains: M. Letta pourrait tenter de former un deuxième gouvernement, en comptant sur des défections diverses et des soutiens dans les formations à gauche de l'échiquier politique. Les ministres PDL, s'ils obtenaient satisfaction pour leur chef historique, pourraient éventuellement revenir sur leur décision.

Les marchés pourraient réagir négativement à cette nouvelle crise, notamment parce qu'elle devrait réduire la majorité qui soutient le futur gouvernement et pourrait l'orienter plus à gauche.

«L'attitude des hommes politiques» revient à «faire du mal au pays au pire moment quand les choix risquent de produire le maximum de dommages», avait observé samedi matin le quotidien des milieux d'affaires Il Sole 24 Ore.

Certains responsables de mouvements comme la formation anti-partis «Cinq étoiles» ont souhaité de nouvelles élections. Mais cette hypothèse est improbable car un nouveau scrutin risque d'aboutir à une impasse aussi grande, faute d'une modification en profondeur de la loi électorale.

Un nouvelle fois, le rôle du président Giorgio Napolitano, pour donner des indications de sortie de crise, sera essentiel dans les prochains jours.

Le Fonds monétaire international (FMI) avait mis fermement en garde vendredi l'Italie contre les tensions au sein de sa majorité, «un grand risque» pour sa croissance.