Le Liban, théâtre de visions du monde antagonistes

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Cet assassinat peut-il mettre en péril le Tribunal international sur le meurtre de Rafic Hariri ?

C'est l'une des raisons avancées pour expliquer le meurtre de Pierre Gemayel. La Syrie l'aurait éliminé pour mettre le gouvernement de Fouad Siniora en incapacité de réunir le quorum requis pour approuver le Tribunal international. En fait, l'attentat risque au contraire d'accélérer sa mise en place. La communauté internationale est plus mobilisée que jamais. George W. Bush a ainsi réaffirmé son inébranlable soutien au Premier ministre Siniora.

Quelle attitude les partis prosyriens, les deux formations chiites Amal et Hezbollah et leur allié chrétien, le général Michel Aoun, vont-ils adopter ?

Pour l'instant, ils font profil bas. Le Hezbollah s'est limité à un communiqué dénonçant ceux qui, avec ce crime, « veulent pousser le Liban vers la guerre civile ». Aoun a appelé tous les Libanais à participer aux funérailles et lancé un appel à l'unité. Mais, une fois le calme revenu, certains n'excluent pas que le Hezbollah et ses alliés tentent de faire chuter le cabinet Siniora.

Le Liban est-il le théâtre d'enjeux qui le dépassent ?

En déclarant la semaine dernière : « Le Liban sera le lieu de la défaite des Etats-Unis et du régime sioniste », l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l'Iran, a-t-il lancé un avertissement ? Depuis l'été 2004 et le vote par l'ONU, à l'initiative de la France et des Etats-Unis, de la résolution 1559 (stipulant le retrait des troupes syriennes), deux visions du monde semblent s'affronter au Liban. D'un côté, l'axe Paris-Washington, de l'autre Damas-Téhéran. Le meurtre de Pierre Gemayel s'inscrit-il lui aussi dans un combat qui a déjà coûté la vie à Rafic Hariri, Samir Kassir et Gebrane Tuéni ? Les résultats de l'enquête, encadrée par la commission de l'ONU en charge du meurtre de Rafic Hariri, le diront peut-être...

A. Le Goff