Liban : des funérailles très politiques

A Beyrouth, David Hury

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Le Liban a organisé jeudi un adieu populaire à Pierre Gemayel, le ministre chrétien assassiné mardi, lors d'un immense rassemblement à Beyrouth que le camp antisyrien a transformé en démonstration de force contre l'opposition alliée de la Syrie.
Le Liban a organisé jeudi un adieu populaire à Pierre Gemayel, le ministre chrétien assassiné mardi, lors d'un immense rassemblement à Beyrouth que le camp antisyrien a transformé en démonstration de force contre l'opposition alliée de la Syrie. — Ramzi Haidar AFP

En 48 heures, la donne politique libanaise a changé. Hier, les funérailles du ministre libanais de l’Industrie Pierre Gemayel ont réuni près d’un demi million de personnes dans le cœur de Beyrouth. Dans la foule, des visages graves en côtoyaient d’autres rieurs. Certains étaient là pour se recueillir, d’autres pour montrer leur détermination à faire en sorte que cet énième assassinat serve à quelque chose.

Comme pour les manifestations de mars 2005, les pancartes et les slogans, perdus dans une marée de drapeaux, étaient sans équivoque: «Assez au régime meurtrier en Syrie!», «Notre culture, c’est la vie»… Sur la place des Martyrs, sous un soleil de plomb pour un 23 novembre, tous les opposants au régime de Bachar el-Assad ont parlé d’une seule voix les jeunes chrétiens druzes et sunnites ont entonné les mêmes chants. Manquaient à l’appel les partisans du général chrétien Michel Aoun, allié du Hezbollah pro-syrien.

Chrétiens, sunnites et druzes unis contre la Syrie
Vers 13 heures, les cercueils de Pierre Gemayel et de son garde du corps sont arrivés, portés par la foule jusqu' à la cathédrale Saint-Georges. Là, Amine Gemayel, ancien président de la République et père du jeune ministre, a salué tous les chefs politiques du pays, à l’exception notable du président de la Chambre, le chiite Nabih Berri, proche lui aussi du Hezbollah. A la chaire, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a prononcé une homélie, plus politique que religieuse, appelant tous ses vœux une création rapide du tribunal international pour juger les auteurs des attentats à la bombe de 2005.

Une heure plus tard, devant une marée humaine, le druze Walid Joumblatt, le sunnite Saad Hariri, les chrétiens Samir Geagea et Amine Gemayel se sont succédés, tous réclamant justice et vérité. Tous ont aussi, avec des mots différents, réaffirmé au Hezbollah qu’ils représentent la majorité du pays et que le gouvernement Siniora, même fragilisé, était le seul légitime. Maintenant, la balle est dans le camp de Hassan Nasrallah…