Prise d’otages à Nairobi: Des étrangers parmi les assaillants

Faustine Vincent

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Photo de famille de la Britannique Samantha Lewthwaite, surnommée la «veuve blanche», avec son mari Jermaine Lindsay (à droite), l'un des kamikazes des attentats de Londres en 2005. Elle serait impliquée dans l'attaque du Westgate à Nairobi, au Kenya.
Photo de famille de la Britannique Samantha Lewthwaite, surnommée la «veuve blanche», avec son mari Jermaine Lindsay (à droite), l'un des kamikazes des attentats de Londres en 2005. Elle serait impliquée dans l'attaque du Westgate à Nairobi, au Kenya. — REX/Mark St George/REX/SIPA

La ministre kenyane des Affaires étrangères, Amina Mohamed, a confirmé lundi des informations de presse selon lesquelles des étrangers se trouvaient parmi les assaillants du centre commercial Westgate de Nairobi, au Kenya. «D’après les informations que nous avons, il y a deux ou trois Américains et pour le moment j'ai entendu parler d'une Britannique», a-t-elle affirmé. La ministre a précisé que cette Britannique avait déjà commis des actes terroristes similaires «à de nombreuses reprises». En ce qui concerne les Américains, a-t-elle expliqué, ce sont «de jeunes hommes, entre 18 et 19 ans [...] d'origine somalienne ou arabe, mais qui vivaient aux Etats-Unis, dans le Minnesota et dans un autre endroit».

Mardi, des informations circulaient selon lesquelles la Britannique impliquée serait Samantha Lewthwaite, la veuve d'un des kamikazes des attentats du 7 juillet 2005 à Londres. Les autorités britanniques ont refusé de commenter l’information.

Gérard Prunier, ancien chercheur au CNRS spécialiste de la Corne de l’Afrique, en est persuadé: «il s’agit bien de Samantha Lewthwaite. Je la connais bien. Son père était soldat et s’est retrouvé au chômage à 50 ans. Elle a grandi à Belfast. Son mari s’est fait sauter dans le métro de Londres en 2005». Il interprète son implication présumée dans l’attaque du Westgate comme «une combinaison de frustrations personnelles et sociales. C’est lié à une grande colère et un désir de vengeance contre la société. Or qui peut fournir l’occasion d’en découdre et de tout faire péter, en ce moment? Les islamistes».

«Presque tous des Somalis»

Selon Gérard Prunier, qui a consulté les sites Internet des shebab, il y aurait «six Américains -dont trois du Minnesota, un de Floride, un du Kansas et un du Mississipi-, un Finlandais, un Anglais et deux Arabes syriens» parmi les assaillants. «Les shebab ont fait la liste des 17 combattants qu’ils admettent», précise le chercheur. Cette liste exclut toutefois la Britannique Samantha Lewthwaite. Comment l’expliquer? «Elle est femme et blanche, donc perçue comme une "sale chrétienne". Le racisme est dans tous les sens…» 

Dans la liste, seule la présence des Syriens le laisse perplexe. «Que font-ils dans cette histoire? C’est une énigme». La présence des autres ne le surprend pas. «Ce sont tous des Somalis. Ce sont des réfugiés de guerre, des cas sociaux déstructurés socialement et psychologiquement. Les shebab ne les considèrent pas comme des étrangers puisqu’ils appartiennent à la même oumma (communauté de croyants). Quand on est musulman, on n’est pas un étranger à leurs yeux».

Un responsable shebab présenté par la BBC sous le nom d’«Abou Omar» a toutefois rejeté la présence d'étrangers parmi les assaillants: «rien de tout cela n’est vrai», a-t-il assuré. Même démenti concernant la présence de la Britannique Samantha Lewthwaite: «Nous ne demandons pas à nos sœurs de mener des attaques militaires de ce type. Ce sont simplement des rumeurs infondées.»

Mardi après-midi, le commando d'islamistes, retranché avec des otages dans le dédale des boutiques jonchées de cadavres, résistait toujours aux forces de sécurité kenyanes. L’attaque a fait au moins 62 morts et presque autant de disparus, mais le bilan pourrait s’alourdir dans les heures à venir.