Kenya: Les Shebab, un mouvement «groupusculaire» et «extrême»

Oihana Gabriel

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Jonathan Kalan/AP/SIPA

Un coup de force sanglant. Les Shebab, à l’origine de l’attaque du centre commercial de Nairobi qui a fait 59 morts et 175 blessés samedi et dimanche a assuré vouloir punir le Kenya, dont l’armée intervient depuis octobre 2011 dans la guerre civile somalienne et lutte contre les positions de ces extrémistes somaliens liés à Al-Quaida. Sur leur compte Twitter, rapidement bloqué, un de ses membres avançait que «ce que les Kényans voient à Westgate, c'est de la justice punitive pour les crimes commis par leurs soldats.»

Un mouvement qui a perdu du terrain

Qui sont ces rebelles qui ont revendiqué ce nouvel attentat particulièrement meurtrier? Ces militants entendent prendre le pouvoir en Somalie et y imposer une version stricte de la charia, la loi islamique. Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste des conflits en Afrique, a mené une étude précise sur ce groupe djihadiste somalien, nommé parfois al-Shabaab, ce qui signifie «jeunesse». «L’organisation naît sans doute entre 2003 et 2005, et reflète le spectre le plus extrême de l’islam somalien », explique Roland Marchal à 20 Minutes. Une partie de ses membres a combattu en Afghanistan, une autre a été éduquée par les tribunaux islamiques. «Ce mouvement groupusculaire va grandir et atteindre vers 2008-2010 environ 15.000 membres. Mais depuis l’été 2011, les Shebab ont perdu du terrain en Somalie.» Pourchassés par les soldats de la force mixte Nations unies-Union africaine (Amisom) et de l'armée gouvernementale, les rebelles ont évacué un certain nombre de villes notamment Mogadiscio, la capitale, en août 2011 et perdu leur fief de Kismayo, dans le sud.

Les Shebab ont également vu leurs effectifs se faire amputer d’environ un tiers. «Le groupe a connu des défaites, mais son appareil reste entier, nuance Roland Marchal. Avant il y avait des lignes de front, on n’était pas dans une stratégie de guérilla. Désormais, ils sont très efficaces pour monter des attentats, des assassinats ciblés.»En juin dernier, les Shebab avaient pris d'assaut les locaux de l'ONU à Mogadiscio, la capitale somalienne, et fait huit morts.

Les Shebab ont prouvé une fois encore, avec cet attentat meurtrier à Nairobi, leur capacité à tuer. Et à marquer les esprits. « Ils font durer la prise d’otages et créent un choc en s’attaquant à des touristes [deux Françaises et trois Britanniques ont péri dans l'attaque]. Cet attentat a donc une répercussion internationale bien plus importante que les dernières attaques qui touchaient des Somaliens.»

Etendre le conflit somalien

Des violences qu’ils risquent de payer. En effet, «le mouvement a perdu beaucoup de ses soutiens dans le centre-sud de la Somalie, souligne le chercheur. Au début, certains soutenaient les Shebab parce qu’ils se considéraient comme envahis par les forces étrangères.

Pour ce spécialiste, avec cet attentat, les rebelles ont cherché aussi à faire taire les rumeurs de divisions. «Et montrer qu’ils sont capables de frapper au-delà de la Somalie». Ce qui risque d’étendre le conflit somalien à la région de la corne africaine. «Les Kenyans disent: les preneurs d’otages sont des étrangers. Mais je ne serai pas étonné que l’on découvre dans les semaines qui viennent qu’il y avait parmi ce commando des Kenyans…. »