Allemagne: Peer Steinbrück, un candidat expérimenté et controversé

PORTRAIT Le candidat du Parti social-démocrate (SPD) à la chancellerie est un homme politique expérimenté, mais dont la campagne électorale s'est résumée à une succession de polémiques et de phrases malheureuses...

Bérénice Dubuc

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Le candidat social-démocrate à la chancelerie allemande, Peer Steinbruck, à Saarebruck le 14 septembre 2013.
Le candidat social-démocrate à la chancelerie allemande, Peer Steinbruck, à Saarebruck le 14 septembre 2013. — SIPA

Il veut être chancelier à la place de la chancelière. Peer Steinbrück, 65 ans, est le candidat du Parti social-démocrate (SPD) à la chancellerie pour les élections législatives de dimanche. Un nom peu connu de ce côté-ci du Rhin, mais qui a su se faire respecter en Allemagne, et notamment dans les milieux économiques.

Peer Steinbrück n’a que 22 ans quand il adhère pour la première fois au SPD. Economiste de profession, il entame sa carrière dans divers ministères au sein de l'administration du gouvernement fédéral et du Bundestag, avant de devenir ministre dans deux länder, puis ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne, en 2002. Battu par la CDU en mai 2005, qui remporte sur le fil les législatives de septembre suivant, Steinbrück tire son épingle du jeu en devenant ministre des Finances d’Angela Merkel lors de la «grande coalition» de 2005 à 2009.

Difficultés et dérapages

Malgré la période difficile, en plein déferlement de la crise économique, Peer Steinbrück s’illustre, démontrant qu’il sait mener des réformes difficiles (rigueur budgétaire, report de l’âge de la retraite, hausse de la TVA). Considéré comme l'un des héritiers de Gerhard Schröder, soutenu par l’ancien chancelier Helmut Schmidt -dont il partage les origines hambourgeoises et la passion des échecs, il n’était cependant depuis fin 2009 plus que simple membre du Parlement allemand. Jusqu’à ce que le SPD le désigne l’an dernier pour affronter Angela Merkel.

Ancré à l’aile droite du SPD, le candidat a peiné pendant toute la campagne à incarner le programme -résolument à gauche- de son parti (salaire minimum, encadrement de la hausse des loyers, impôt sur la fortune, redistribution plus équitable des richesses...). En revanche, les polémiques sur ses conférences grassement rémunérées auprès de grandes entreprises, sur le salaire de Chancelier qu’il juge «insuffisant» se sont succédé, tout comme les phrases malheureuses du candidat, connu pour son franc-parler parfois teinté de provocation.

Un doigt d’honneur

L’homme, orateur éloquent, est coutumier des piques ironiques, voire des dérapages -les Suisses se souviennent qu’il voulait leur envoyer «la cavalerie» pour régler le problème de l’évasion fiscale, les Italiens que Silvio Berlusconi et Beppe Grillo étaient des «clowns». Dernière incartade en date: le candidat a posé majeur levé à la une d'un magazine en fin de semaine dernière.

Questionné, dans une interview «muette» où il ne pouvait répondre que par des poses immortalisées en noir et blanc par un photographe, sur les surnoms dont il avait été affublé après diverses gaffes de communication, il a répondu par ce geste inattendu. Et si 62% des Allemands ont désapprouvé le doigt d'honneur exhibé par le rival social-démocrate d'Angela Merkel, cette incartade ne semble pas avoir affecté leurs intentions de vote: le SPD reste à 25% d’intention de votes et les Allemands sont toujours 26% à vouloir voir l’exécutif dirigé par Peer Steinbrück.