Syrie: La diplomatie mondiale troublée par le jeu russe

DIPLOMATIE La proposition de la Russie de mettre l'armement chimique syrien sous contrôle international a rebattu les cartes...

avec AFP

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Barack Obama, Bachar al-Assad et François Hollande (montage 20 Minutes).
Barack Obama, Bachar al-Assad et François Hollande (montage 20 Minutes). — SIPA / SIPA / AFP

La Syrie a affirmé mardi être prête à renoncer aux armes chimiques au moment où Washington, Moscou et Paris tentaient de trouver un terrain d'entente qui éloignerait la perspective de frappes contre le régime de Bachar al-Assad.

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«Nous voulons nous joindre à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques», a déclaré depuis Moscou le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, au lendemain de l'annonce d'une initiative diplomatique russe qui a pris tout le monde par surprise. «Nous sommes prêts à annoncer où se trouvent les armes chimiques, à cesser la production d'armes chimiques et à montrer ces installations aux représentants de la Russie, d'autres pays et de l'ONU», a ajouté Mouallem. «Notre adhésion à l'initiative russe traduit notre volonté de ne plus posséder d'armes chimiques».

Des négociations difficiles

La Syrie dispose d'environ «1.000 tonnes» de différents agents chimiques. Une partie de ces stocks est entreposée en vrac sous «forme binaire» et les agents doivent être mélangés avant emploi, mais le régime dispose également de munitions déjà remplies de sarin notamment, a affirmé mardi le secrétaire d'Etat américain, John Kerry. Barack Obama a convenu avec son homologue français, François Hollande, et le Premier ministre britannique, David Cameron, d'examiner la proposition russe.

Mais les négociations s'annoncent d'ores et déjà extrêmement difficiles. Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, initialement prévue à 16h (22h heure de Paris), a été reportée sine die à la demande de la Russie. Le président russe, Vladimir Poutine, a ainsi appelé les Etats-Unis à renoncer au recours à la force en Syrie. «Il est difficile de contraindre la Syrie ou un autre pays à se désarmer de façon unilatérale s'il y a une action militaire en préparation contre ce pays», a-t-il déclaré selon la télévision russe.

«Maintenir ouvertes toutes les options»

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a de son côté jugé «inacceptable» un projet de résolution français qui prévoit le contrôle et le démantèlement des armes chimiques syriennes, la mise en place d'un dispositif d'inspection et de contrôle, et autorise, en dernier recours, l'usage de la force pour contraindre Damas à respecter ses obligations. La France a immédiatement fait savoir qu'elle était prête à «amender» son projet «dès lors que sont préservés ses grands principes et objectifs».

Depuis le début de la crise, Moscou a cherché à protéger son allié syrien, y compris en mettant à trois reprises son véto -avec la Chine- à des résolutions occidentales. La Russie devait envoyer mardi «dans la courant de la journée» aux Américains les détails de leur initiative, a annoncé Kerry lors d'un forum de discussion en ligne organisé par Google+. «Si nous pouvons réellement sécuriser toutes les armes chimiques de la Syrie par ce biais, ce serait clairement le moyen préférable», a dit Kerry. La neutralisation de l'arsenal chimique syrien pourrait cependant se révéler très délicate sur le terrain, en plein milieu d'une guerre civile qui a déjà fait plus de 100.000 morts.

Dans l'incertitude sur l'issue des discussions en cours, Paris et Washington ont tenu à maintenir la pression sur Damas. François Hollande et Barack Obama ont souligné, lors d'un entretien téléphonique, la nécessité de «maintenir ouvertes toutes les options» sur la Syrie tout en rappelant «leur préférence pour une solution diplomatique».