Elections législatives en Norvège: Pourquoi la droite s’impose deux ans après l’attentat de Breivik

NORVÈGE 'opposition de droite pourrait revenir au pouvoir à la faveur des élections législatives...

Bertrand de Volontat

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Erna Solberg, future premier ministre norvégienne
Erna Solberg, future premier ministre norvégienne — DANIEL SANNUM LAUTEN

Nul besoin de crise économique pour sonner l’heure de l’alternance. La Norvège votait ce lundi pour des élections législatives qui devraient déboucher, pour la première fois de son histoire, sur l'entrée d'un parti populiste anti immigration dans un gouvernement dominé par les conservateurs. Et ce deux ans après les sanglantes attaques de Breivik.

«Les sondages ont été très bons et on espère que les résultats ce soir le seront aussi», a déclaré la patronne des conservateurs Erna Solberg, pressentie pour être le prochain Premier ministre. Son parti propose de moderniser le système fiscal en maintenant la rigueur fiscale sans mettre en danger le modèle social.

La Gauche victime d'une usure du pouvoir

Le 22 juillet 2011, la Norvège était ébranlée par les attentats perpétrés par Anders Breivik. Bilan : 77 morts et 151 blessés. Félicité pour sa gestion de la crise qui a suivi ces attentats, le Premier ministre Jens Stoltenberg, à la tête depuis 2005 d'une coalition regroupant son parti travailliste, la Gauche socialiste et le parti centriste, est cependant devenu de plus en plus impopulaire. Pourtant, la Norvège, riche en pétrole, affiche une prospérité économique exceptionnelle en Europe avec un chômage quasi inexistant (3,4%) et des niveaux de vie très élevés (42.160 euros de revenus annuels par habitant).

«Il s’est vu reprocher son inefficacité avant un massacre qui, selon un rapport parlementaire, aurait pu en partie être évité. Il a également été cité dans plusieurs affaires et fait plusieurs gaffes», note une analyse de la fondation Robert Schuman datée du 9 septembre 2013.

Envie d’essayer autre chose

L’état des infrastructures, notamment en matière de  transports et de santé mais aussi la hausse des taxes sur les produits d’importation comme la viande ou le fromage, pèsent aussi sur l’image du gouvernement auprès de l’opinion publique.

«Les Norvégiens sont prêts à renvoyer Jens Stoltenberg parce qu’ils veulent un changement. Ils ne sont pas déçus, ils sont plutôt fatigués du gouvernement actuel, analyse Johannes Berg, politologue à l’Institut de recherches sociales d’Oslo, cité par la Fondation Robert Schuman. Il y a un tournant vers la droite depuis environ une dizaine d’années. Les gens ont envie d’essayer quelque chose avec les partis de droite».

Breivik absent de la campagne

Le scénario jugé le plus probable est un gouvernement minoritaire regroupant les conservateurs et le parti du Progrès (FrP, populiste), avec le soutien -sans participation- de deux petits partis de centre droit, les démocrates chrétiens et les libéraux.

Dans un apparent paradoxe, les législatives pourraient ainsi déboucher sur l'arrivée au pouvoir du FrP, le parti dont l'extrémiste de droite Anders Breivik a été membre jusqu'en 2006. Mais le parti s'est nettement démarqué du tueur et a mis en sourdine ses propos sur les immigrés depuis. Le thème du carnage du 22 juillet a été remarquablement absent de la campagne plutôt axée sur la santé, l'éducation, la fiscalité et l'utilisation de l'immense manne pétrolière.