Syrie: «L'administration Obama n'a pas abattu ses dernières cartes»

Bertrand de Volontat

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Barack Obama le 9 août 2013 à Washington.
Barack Obama le 9 août 2013 à Washington. — SAUL LOEB / AFP

Barack Obama est lancé dans une course contre-la-montre. Le président américain va s'employer à convaincre les élus républicains et démocrates, de retour à Washington pour voter le recours à la force en Syrie. Il doit enregistrer dans l'après-midi six interviews qui seront diffusées en soirée sur toutes les grandes chaînes américaines tandis que les plus hauts responsables de son administration doivent se rendre au Capitole pour des réunions d'informations à l'aide de vidéos montrant des victimes de l'attaque chimique du 21 août. Quelles stratégies doit-il employer? Martin Michelot, chercheur au German Marshall Fund (GMF), répond à 20 Minutes.

Barack Obama et son équipe ont-ils encore le temps de convaincre les membres du Congrès incertains?

Même si les dernières tendances informent d’une opposition à une intervention dans les deux Chambres, il reste néanmoins que l’administration Obama n’a pas abattu ses dernières cartes. La semaine dernière a été consacrée à de nombreuses rencontres avec les sénateurs et représentants influents, rencontres qui se poursuivront cette semaine. Pour l’heure, la tâche d’Obama consiste à convaincre l’opinion publique du bien-fondé d’une telle opération, elle qui y est pour l’instant principalement opposée. Toutefois, Obama comme les élus américains savent très bien qu’un renversement de l’opinion publique en faveur d’une intervention, au moins limitée, mettrait une pression importante sur des élus américains s’inquiétant déjà des échéances électorales de 2014, qui elles ne concernent pas Barack Obama.

Concrètement, qu’est-ce que Barack Obama peut mettre dans la balance pour les convaincre?

Il ne jouera pas à un jeu d’échange de faveurs politiques avec d’éventuels opposants au projet, ce qui diminuerait d’autant plus sa stature de chef des armées, dont on voit qu’il l’endosse avec réticence. Au contraire, Obama peut convaincre ses opposants ou les indécis en mettant en avance l’importance cruciale d’une Amérique forte qui pèse dans le concert mondial et qui se maintient dans ce rôle de leader des droits de l’homme et des droits fondamentaux, notamment par rapport à la Russie et la Chine.

Tout n’est fondé pas sur des négociations de politique intérieure, la loi sur l’immigration par exemple?

Non, on voit que certains membres de l’administration Obama ont aussi commencé à mentionner la menace que représente l’influence du Hezbollah au Liban et les éventuelles conséquences qu’une percée des fondamentalistes religieux peut avoir sur l’influence des Etats-Unis dans la région, mais aussi les risques que cela pourrait faire peser sur Israël. Les arguments d’Obama sont donc ici bien moraux et éthiques, et ne seront en aucun cas liés à d’éventuelles «rétributions» ou échanges de faveurs.