La Norvège s'apprête à basculer à droite

POLITIQUE Les élections législatives devraient déboucher sur un gouvernement dominé par les conservateurs, avec la présence du parti populiste dans lequel Anders Breivik militait...

avec AFP

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Jens Stoltenberg, le Premier ministre norvégien, à Oslo le 27 juillet 2011.
Jens Stoltenberg, le Premier ministre norvégien, à Oslo le 27 juillet 2011. — J. NACKSTRAND / AFP

La Norvège votait lundi pour des législatives qui devraient déboucher, pour la première fois de son histoire, sur l'entrée d'un parti populiste antiimmigration dans un gouvernment dominé par les conservateurs, deux ans après les sanglantes attaques de Breivik.

De la Laponie à Oslo, 2.000 km plus au sud, ou encore dans un magasin Ikea mobilisé pour l'occasion à Bergen (ouest), 3,64 millions de Norvégiens étaient appelés à s'exprimer dans les bureaux de vote qui ont ouvert à 9h (7h GMT).

Les premiers résultats partiels devraient être connus à 21h (19h GMT).

Le premier ministre donné perdant

A la tête depuis 2005 d'une coalition regroupant son parti travailliste, la Gauche socialiste et le parti centriste, le Premier ministre sortant Jens Stoltenberg a refusé de s'avouer vaincu bien qu'il soit donné perdant par la totalité des sondages.

Le dernier sondage paru la veille dans le même quotidien créditait la droite de 54,3% des intentions de vote, soit une confortable majorité de 95 sièges sur 169 au Parlement, contre 39% seulement à la gauche.

Prospérité économique exceptionnelle

Celle-ci est victime d'une usure du pouvoir alors même que la Norvège, riche en pétrole, affiche une prospérité économique exceptionnelle en Europe avec un chômage quasi inexistant et des niveaux de vie très élevés.

«Même s'il y a beaucoup de choses qui vont bien, il y a toujours beaucoup de choses qui peuvent aller encore mieux», a expliqué Jens Stoltenberg, qui a précisé que les travaillistes étaient prêts à rester aux commandes du pays si la droite ne parvenait à s'entendre.

S'ils sont d'accord pour vouloir l'alternance, les quatre partis dits «bourgeois» n'ont pas encore convenu des contours d'un nouveau gouvernement ni de son programme précis, lesquels dépendront de leur poids respectif au sortir des urnes.

Le scénario jugé le plus probable est un gouvernement minoritaire regroupant les conservateurs et le parti du Progrès (FrP, populiste), avec le soutien --sans participation-- de deux petits partis de centre droit, les démocrates chrétiens et les libéraux.

Une possible entrée au gouvernement du parti de Breivik

Dans un apparent paradoxe, les législatives pourraient ainsi déboucher sur l'arrivée au pouvoir d'un parti dont l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik a été membre jusqu'en 2006.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait choqué la Norvège en tuant 77 personnes en faisant d'abord exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo puis en ouvrant le feu sur un rassemblement de Jeunes travaillistes sur l'île d'Utoeya.

Mais le FrP s'est nettement démarqué du tueur et a mis en sourdine ses propos sur les immigrés depuis.

Le massacre d'Utoeya absent de la campagne

Le thème du carnage du 22 juillet a été remarquablement absent de la campagne plutôt axée sur la santé, l'éducation, la fiscalité et l'utilisation de l'immense manne pétrolière.

«Je pense que Breivik n'est pas pertinent dans ce contexte», a confié à l'AFP Peter Linge Hessen, jeune militant travailliste qui a lui-même survécu au massacre d'Utoeya. «Je suis bien sûr déçu que le parti du Progrès ait gagné tant d'influence mais c'est la démocratie».