Syrie: Poutine plus doux sur la forme mais toujours ferme sur le fond

DIPLOMATIE Les dernières déclarations du président russe ne signifient pas un changement de positionnement sur le dossier syrien...

Bérénice Dubuc

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Vladimir Poutine le 3 septembre 2013 à Moscou.
Vladimir Poutine le 3 septembre 2013 à Moscou. — M. SHIPENKOV / AFP

Vladimir Poutine est-il en train d’assouplir sa position sur le dossier syrien? Ce mercredi, à la veille de l'ouverture du G20 de Saint-Pétersbourg, le président russe a semblé adopter un ton plus conciliant sur le sujet. Il a ainsi dit que la Russie serait prête «à agir le plus résolument et sérieusement possible» si des «preuves convaincantes» de l'usage d'armes chimiques par son allié syrien étaient présentées par les experts des Nations unies. Vladimir Poutine a par ailleurs indiqué que la Russie avait suspendu ses livraisons à Damas de batteries sol-air S300, des systèmes de défense antiaérienne et antimissile perfectionnés.

Mais selon Philippe Migault, directeur de recherches à l’Iris, spécialiste des conflits armées et de la Russie, ces déclarations ne signifient pas un changement de positionnement des Russes. «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Vladimir Poutine a toujours situé l’espace de sortie de la crise syrienne dans le cadre des Nations unies. Ce mercredi, il n’a fait que redire que, si les experts de l’ONU apportaient des preuves convaincantes de la culpabilité du régime d’Assad dans le massacre de la Ghouta, alors il serait d’accord pour ouvrir des discussions au sein du Conseil de sécurité en vue d’une résolution.»

Des annonces à peu de frais

Pour Dominique Colas, professeur émérite à Sciences Po Paris, «ces propos ne sont pas le signe d’un abandon ou d’une inflexion de sa position, ce qui aurait pu être le cas s’il avait par exemple proposé de créer une commission d’enquête internationale». Il ajoute: «D’autant plus que l’annonce de la suspension de livraison de missiles à la Syrie est faite à peu de frais. Le régime d’Assad ne va pas en être profondément lésé, et dispose encore d’un arsenal considérable obtenu grâce au régime soviétique puis russe.»

Pour le spécialiste, le fait que ces annonces soient faites à la veille d’une réunion internationale de première importance, alors que les Etats-Unis et la France tentent de mettre en œuvre une coordination militaire, permet en outre à Vladimir Poutine de se présenter comme quelqu’un qui n’est pas jusqu’au-boutiste. «La Russie n’a pas intérêt à voir les relations internationales se disloquer: elle a besoin d’exporter son gaz, et de maintenir les investissements occidentaux dans le pays. Mais, en même temps, elle ne veut pas non plus abandonner son rôle de grande puissance diplomatique, d’où ces propos mesurés.»

Genève II

Alors Vladimir Poutine, allié indéfectible de la Syrie depuis plus de deux ans et demi, le restera-t-il jusqu’au bout? Pas forcément, selon Philippe Migault. «Poutine modulera sa position si des preuves sont apportées devant l’ONU. Et il pourra éventuellement laisser passer une résolution mettant en œuvre des frappes limitées.»

Quant au sommet du G20 de jeudi, il sera aux yeux du spécialiste l’occasion de définir les bases de discussion et la façon d’organiser un Genève II avec l’ensemble des parties prenantes -Etats-Unis, Russie, gouvernement syrien, ses alliés iraniens, l’opposition syrienne, ses alliés saoudiens et qataris, éventuellement les trois autres membres du Conseil de sécurité (France, Grande-Bretagne, Chine) et un représentant de l’Union européenne.

«Poutine, comme Obama, sait que la situation est arrivée à un tel stade que la solution pour sortir de cette crise est politique. Cela posé, la question est de savoir comment amener à la table des négociations leurs camps respectifs.»