G20: Poutine fait de l’œil à Obama

DIPLOMATIE Entre les présidents russe et américain, les relations ne sont pas au beau fixe depuis plus d’un an. Mais Vladimir Poutine a fait mercredi plusieurs appels du pied à Barack Obama...

Bérénice Dubuc

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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors d'une rencontre à Los Cabos (Mexique) le 18 juin 2012.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors d'une rencontre à Los Cabos (Mexique) le 18 juin 2012. — Carolyn Kaster/AP/SIPA

L’annonce d’un petit dégel? Ce mercredi, à la veille du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a semblé adoucir le ton à l’endroit de son homologue américain.

Depuis son retour au pouvoir en mai 2012 pour un troisième mandat présidentiel, les relations russo-américaines sont en effet assez tendues. Le paroxysme a été atteint cet été, lorsque l'ex-consultant de la NSA Edward Snowden, inculpé pour espionnage par les Etats-Unis après ses révélations sur leur programme de surveillance des télécommunications mondiales, s’est vu accorder un asile temporaire par Moscou. Conséquence de cette décision: l’annulation par Obama de la traditionnelle rencontre bilatérale avec le président russe avant le sommet du G20.

Pierres d’achoppement

Mais l’affaire Snowden n’est pas leur seul point de divergence. La Maison-Blanche a ainsi pointé en août un «manque de progrès» sur de nombreuses questions, telles que la défense antimissile, la lutte contre la prolifération nucléaire, le commerce et les droits de l'Homme. Autre pierre d’achoppement entre Moscou et Washington: le conflit syrien. Alors que la Russie soutient de façon inconditionnelle le régime de Bachar al-Assad et appose son veto à chaque vote de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, Barack Obama a pris la décision de principe d'une intervention militaire pour laquelle il souhaite un feu vert du Congrès.

Mais mercredi, Vladimir Poutine a semblé vouloir arrondir les angles. «Nous comprenons que la position de la Russie sur certaines questions provoque l'irritation de l'administration américaine. Mais il serait bien pour nous tous de ne pas nous irriter, mais d'être patients et de travailler pour trouver des solutions», a expliqué l’homme fort du Kremlin. «En employant ce ton aimable, Poutine n’apparaît pas jusqu’au-boutiste, et semble faire le premier pas», analyse Thomas Gomart, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Objectif du président russe: apparaître comme un acteur central du dossier, de façon à renforcer sa stature internationale. «Car, si in fine il n’y a pas de frappe américaine sur la Syrie, il s’agira d’une victoire diplomatique de première importance pour lui», continue Thomas Gomart.

Obama, un «très bon interlocuteur»

Poutine a par ailleurs vanté les qualités de Barack Obama, qualifié de «très bon interlocuteur». «C’est facile de lui parler parce que ce qu'il veut est clair, sa position est claire et il sait écouter la position d'une autre personne. Toutes nos discussions sont toujours très constructives, très concrètes et assez franches», a dit Vladimir Poutine. Et si aucune rencontre bilatérale n’est officiellement prévue à Saint-Pétersbourg entre eux, Vladimir Poutine a dit «beaucoup compter sur une discussion avec son homologue américain», notamment pour évoquer le conflit en Syrie, martelant: «Toutes nos rencontres précédentes ont été très constructives.»

Selon Thomas Gomart, «ces déclarations sont une façon ironique, que l’opinion publique russe saisira parfaitement, de répondre aux déclarations d’Obama de début août où il avait expliqué que, lors de leurs entretiens passés, son homologue russe "avait cette allure avachie du mauvais élève au fond de la classe"».