Syrie: François Hollande en première ligne

Vincent Colas (avec Bérénice Dubuc)

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François Hollande à Paris le 3 septembre 2013.
François Hollande à Paris le 3 septembre 2013. — BERTRAND GUAY / AFP

François Hollande a une nouvelle fois enfilé l’uniforme. Mardi, à l’issue d’une rencontre avec le président allemand, Joachim Gauck, il s’est déclaré toujours aussi «déterminé» à sanctionner le régime de Bachar al-Assad, qu'il tient pour responsable du massacre chimique du 21 août dans la banlieue de Damas.

 

 

Surtout après l’interview du dirigeant syrien qui menace les intérêts français de «répercussions négatives» dans Le Figaro de mardi. Avec ses déclarations, François Hollande se place en première ligne face à Bachar al-Assad. Une position qui n’est pas sans risque.

Un feu national

«Auparavant, il s’agissait d’une question d’humanisme, d’une réaction liée au non-respect du droit international. Aujourd’hui, c’est devenu un enjeu de politique nationale», confiait lundi à 20 Minutes Mathieu Guidère, prof de veille stratégique à l’université de Toulouse-II. Samedi, un sondage a montré que les Français étaient hostiles (64%) à une participation de Paris à une intervention militaire. Mercredi, l’opposition devrait profiter du débat au Parlement pour critiquer la politique menée par le Président. Les députés UMP ont même prévenu qu’ils exigeraient un vote si François Hollande décidait d’une intervention en Syrie en dehors du cadre de l'ONU (en l’absence de résolution, toute frappe est illégale).

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Du coup, mardi matin, Alain Vidalies a déminé le terrain. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement a expliqué qu’un vote n’était «pas un sujet tabou», même si «nous n'en sommes pas encore là», a précisé François Hollande. Néanmoins, cette hypothèse pourrait prendre de l’épaisseur puisque, selon un sondage CSA pour BFMTV, 74% des Français souhaitent que le Parlement français se prononce par un vote avant une intervention militaire de la France en Syrie. D’autant plus que François Hollande a indiqué qu’il ne s'exprimerait devant les Français que lorsqu’il aurait «en main tous les éléments». Le consensus qui avait accompagné l’opération militaire au Mali à la fin février 2013 semble bien loin.

Un feu international

Samedi, vraisemblablement échaudé par le «no» du Parlement britannique, Barack Obama a décidé de conditionner une intervention au feu vert de son Congrès, qui se réunira à partir du 9 septembre. François Hollande a eu beau assurer, mardi, qu'en cas de défection des Etats-Unis la France «prendrait ses responsabilités en soutenant l'opposition» syrienne, il n'a fourni aucune précision sur la forme que pourrait prendre cet appui. Il s’est même empressé d’évoquer une «rencontre à Saint-Pétersbourg entre Européens», en marge du G20 qui doit se tenir jeudi et vendredi en Russie, mais aussi la réunion «des ministres des Affaires étrangères» de l'UE prévue samedi à Vilnius en Lituanie.

«C'est l’Europe qui doit aussi se réunir sur ce dossier», a estimé le président français. Une tâche qui s’annonce délicate puisque même les plus proches alliés de Paris, comme la Belgique, se sont jusqu’à présent démarqués de la position française.