Syrie: L'Europe de la défense est-elle au point mort?

MONDE Les partenaires européens ne sont pas tous sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne une éventuelle intervention en Syrie, révélant les difficultés à construire une Europe de la Défense...

Bérénice Dubuc

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Des militaires d'Eurocorps, lors d'une cérémonie organisée en hommage aux 150 soldats partis en Afghanistan, le 4 janvier 2012 à Strasbourg.
Des militaires d'Eurocorps, lors d'une cérémonie organisée en hommage aux 150 soldats partis en Afghanistan, le 4 janvier 2012 à Strasbourg. — FREDERICK FLORIN / AFP

La France est pour, mais ses alliés européens ne semblent pas aussi décidés. Après l'Irak et la Libye, l'Union européenne semble à nouveau divisée, cette fois sur une éventuelle opération militaire en Syrie.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a estimé qu’il valait mieux relancer le processus politique entre les autorités syriennes et l'opposition plutôt que d’engager une opération militaire, mais les partenaires européens ne sont pas tous sur la même longueur d’ondes. Ainsi, certains Etats membres, France en tête, sont persuadés du bien-fondé d’une intervention. D’autres refusent de participer à une quelconque opération militaire en Syrie, ou uniquement dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

«L’emploi de la force fait rarement l’unanimité»

Ces difficultés à s’accorder sur une position commune signifient-elles que l’Europe de la Défense est au point mort? «Elle existe bel et bien: il y a des opérations militaires européennes, des coopérations dans le domaine industriel, des actions communes relatives à la sécurité internationale…», indique à 20 Minutes Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

La preuve: l’Eurocorps, corps de défense à vocation européenne qui réunit aujourd’hui cinq nations cadre (France, Allemagne, Belgique, Espagne, Luxembourg) et quatre nations associées (Grèce, Italie, Turquie et Pologne d’ici 2016), et qui a déjà vingt ans. Cependant, continue le spécialiste, «force est de constater que, sur les grandes crises, l’Europe peine à parler d’une seule voix. Des sujets tels que l’emploi de la force font rarement l’unanimité».

En effet, lorsqu’il s’agit de décisions militaires, les Etats membres ont la prérogative, et il est hors de question pour eux d’abandonner leur souveraineté à l’Europe. En conséquence, «il n’y aura pas d’armée européenne dans un avenir proche au sens strict. En effet, il n’y a pas d’exécutif européen unique, donc pas d’unique chef des armées, mais des Etats souverains qui ne veulent pas transférer leurs compétences à une autorité supranationale», conclut Bruno Tertrais.