Que reste-il du rêve européen de Robert Schuman?

DÉCRYPTAGE l y a 50 ans ce mercredi, ce «père» de l'Europe disparaissait. Plus d'un demi-siècle après la création de son ancêtre la Communauté européenne du charbon et de l'acier, l'Union européenne est-elle à la hauteur de ses ambitions?...

Bérénice Dubuc

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Des drapeaux européens, près du batiment de la Commission européenne à Bruxelles, en Belgique
Des drapeaux européens, près du batiment de la Commission européenne à Bruxelles, en Belgique — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Le 9 mai 1950, Robert Schuman jetait les premières fondations de l'Europe organisée dans une déclaration fondatrice. Alors que l’on célèbre ce mercredi le cinquantenaire de sa disparition, que reste-t-il de son rêve européen, plus d’un demi-siècle après la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), ancêtre de la CEE et de l'Union européenne?

«Tout d’abord, l’Europe existe!», s’exclame Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, qui ajoute qu’«aucun Etat, même ceux qui souffrent, n’envisage d’en sortir, et l’UE attire toujours plus de membres». Autre legs de l’homme politique mosellan, «personne n’envisage plus de régler les différends par la force en Europe». En effet, les débuts de la construction européenne ont eu lieu en réaction à la Seconde Guerre mondiale, qui a amené dans les populations une volonté de «plus jamais ça», et à une menace qui pointait à l’époque: la guerre froide. Pour Jean-Dominique Giuliani, «l’UE est une réussite au-delà de toute espérance, même si elle possède ses faiblesses et ses imperfections.»

L’écueil de la souveraineté nationale

Cet «immense succès du XXe siècle» doit en effet continuer à avancer et évoluer, selon lui. «L’UE s’est forgé sa propre forme, son propre chemin au gré des circonstances et des événements. On a reconstruit les Etats, fait la monnaie unique, accueilli d’autres Etats. La volonté de Schuman, très ambitieuse, était de mettre en place une véritable union fédérale. Mais cela a dérapé sur la question de la souveraineté.»

Pierre Verluise, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de Géopolitique des frontières européennes (éd. Argos), est d’accord: «Aujourd’hui, les Etats européens restent attachés à leur souveraineté, probablement davantage que Schuman ne l’aurait souhaité. Ils en cèdent le moins possible, et on est encore loin d’une Europe fédérale.»

«Nous ne sommes pas aux limites de l’Europe»

Le rêve européen de Robert Schuman est-il en passe de s’arrêter? «Non, nous ne sommes pas aux limites de l’Europe. On peut continuer à avancer. Il manque seulement un souffle, que les Européens prennent conscience de la nécessité toujours valable de s’unir et d’aller plus loin plus vite», estime Jean-Dominique Giuliani.

«Cyniquement, on pourrait dire qu’il manque une menace suffisamment palpable pour que les Européens dépassent leurs réticences et règlent la question fondamentale du rôle qu’ils souhaitent jouer au sein de la mondialisation et de la façon d’y défendre au mieux leurs intérêts», ajoute Pierre Verluise. La crise économique actuelle pourrait-elle jouer ce rôle? «Elle a bien des effets fédérateurs, en ce qu’elle a déjà obligé les Etats à transférer une partie de leur souveraineté, notamment en matière budgétaire», estime le chercheur.

Pour Jean-Dominique Giuliani aussi, la crise pourrait ramener les gens vers l’Europe, «mais ce ne sera pas suffisant, car ce qui est difficile demande du temps. L’Europe avancera avec du temps, beaucoup de pédagogie, mais aussi des rencontres opportunes et des personnes courageuses. Le rêve de Schuman s’est réalisé au-delà de toute espérance, malgré toutes les difficultés et les doutes. Il n’y a pas de raison que nous régressions. Mais nous avons encore beaucoup de travail.»