Chine: La maison natale du dalaï lama renovée crée la polémique

MONDE La réfection de cette maison implique un haut mur d'enceinte et des caméras de sécurité...

avec AFP

— 

Alors que la région où est né le dalaï lama, en Chine, est en plein développement, la maison natale du chef spirituel tibétain en exil a connu une réfection complète mais controversée, dotée désormais d'un haut mur d'enceinte et de caméras de sécurité.
Alors que la région où est né le dalaï lama, en Chine, est en plein développement, la maison natale du chef spirituel tibétain en exil a connu une réfection complète mais controversée, dotée désormais d'un haut mur d'enceinte et de caméras de sécurité. — Neil Connor AFP

Alors que la région où est né le dalaï lama, en Chine, est en plein développement, la maison natale du chef spirituel tibétain en exil a connu une réfection complète mais controversée, dotée désormais d'un haut mur d'enceinte et de caméras de sécurité.

 

 

 

Sise à Hongai, petit village montagneux d'environ 70 foyers, cette résidence est le seul lieu en Chine officiellement consacré au Prix Nobel de la Paix, accusé par les autorités chinoises d'être «un loup en tenue de moine» aux visées séparatistes.

La rénovation de la maison, pour 2,5 millions de yuans (305.000 euros), illustre l'activisme des autorités chinoises dans les régions tibétaines, qui suscite l'inquiétude des défenseurs des droits de l'Homme qui craignent la disparition de cette culture ancestrale.

«Ce n'est pas de la modernisation mais de la "sinisation"», a déclaré à l'AFP la poètesse et activiste tibétaine Tsering Woeser. Hongai, appelée Taktser par les Tibétains, se trouve dans une région de culture tibétaine depuis des siècles, mais située dans l'ouest de la province du Qinghai, à plusieurs centaines de kilomètres en dehors des frontières de la Région administrative spéciale du Tibet, créée par les communistes après 1949.

Pour les Tibétains, la transformation de la résidence trahit l'esprit du lieu: on a peine désormais à y reconnaître la modeste habitation de ferme où le très jeune Lhamo Dhondup avait été identifié dans les années 1930 par des dignitaires bouddhistes comme la réincarnation du 13e dalaï lama.

Les autorités chinoises, qui ont financé ce qui s'apparente à une totale reconstruction, assurent qu'il s'agit d'un geste de bonne volonté envers les pèlerins visitant le village. Cette «restauration» s'inscrit dans le cadre d'un programme de 1,5 milliards de yuans (183 millions d'euros) d'investissements destiné à doper l'activité locale.

Mais autour de la maison du dalaï lama, difficile de percevoir le moindre signe d'ouverture. «Les étrangers n'ont pas le droit d'entrer. C'est à cause de la police», a ainsi glissé un habitant, depuis une allée étroite du paisible village.

Pas de publicité

«La résidence rénovée a conservé son apparence originelle, mais le pavement a été refait, les poutres renforcées et les murs repeints», a précisé Chine nouvelle, seul média autorisé à visiter l'intérieur depuis les travaux. 

Selon les habitants, des fidèles sont régulièrement autorisés à y pénétrer pour se recueillir. Des caméras de sécurité ont été installées autour de l'enceinte. 

Rudy Kong, un auteur canadien ayant visité la maison natale en 2000 -- l'un des rares étrangers à avoir eu ce privilège --, ne cache pas son scepticisme sur la «rénovation» du lieu. «Le bâtiment principal présente un aspect totalement différent. Les ouvertures dans l'architecture ont été comblées (...) Je ne me rappelle certainement pas ce mur d'enceinte gris de trois mètres de haut», a-t-il observé après avoir consulté des clichés de l'AFP.

«Cela m'a l'air d'une reconstruction complète», a-t-il conclu. Les organisations de défense des droits de l'homme redoutent que l'urbanisation et la politique de «modernisation» menée par les autorités chinoises n'accélèrent encore davantage la disparition de la culture tibétaine. Pékin affirme que ses investissements ont amélioré le niveau de vie.

A Hongai, au bout d'une route sinueuse serpentant entre cours d'eaux et falaises déchiquetées, le paysage de collines verdoyantes laisse place à un vaste chantier poussiéreux, parsemé de dizaines de grues et de squelettes de tours inachevées.

Ce sont des Chinois de l'ethnie majoritaire Han qui s'installent dans la région, diluant d'autant la culture tibétaine locale, a souligné Tsering Woeser. «Quand j'ai visité Taktser pour la dernière fois, en 2007, un proche m'a dit que seulement 40 des foyers (à peine plus de la moitié, ndlr) étaient encore tibétains et que même les Tibétains empruntaient les manières des Han et n'étaient plus capables de parler tibétain correctement», a-t-elle raconté.

Selon elle, la rénovation de la maison natale du chef spirituel des Tibétains pourrait être «un appât» pour convaincre les responsables bouddhistes de choisir la prochaine réincarnation du dalaï lama à l'intérieur des frontières chinoises. La Chine est soupçonnée d'ingérence dans les affaires religieuses des Tibétains et accusée par les défenseurs des droits de l'Homme de violation de la liberté religieuse, vis-à-vis du bouddhisme tibétain, mais aussi des catholiques et musulmans.