La crise syrienne accouche d'un duo franco-américain inattendu

SYRIE La France et les Etats-Unis entretiennent pourtant une histoire tumultueuse...

avec AFP

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François Hollande s'est exprimé sur la Syrie le 27 août 2013.
François Hollande s'est exprimé sur la Syrie le 27 août 2013. — Kenzo Tribouillard/AP/SIPA

Le refus des Britanniques de participer à d'éventuelles frappes aériennes contre le régime syrien a accouché d'une situation inattendue: un duo États-Unis/France, deux pays aux relations fortes mais à l'histoire souvent tumultueuse.

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Vendredi en fin d'après-midi, François Hollande s'est entretenu pendant 45 minutes avec Barack Obama de la crise syrienne. Selon la présidence française, ils ont dit partager, avant même le rapport des inspecteurs de l'ONU, «la même certitude sur la nature chimique de l'attaque» du 21 août près de Damas «et la responsabilité indubitable du régime». Et semblent tous deux déterminés à lancer des frappes aériennes. Cette nouvelle donne comporte plusieurs paradoxes.

Le premier: deux hommes qui ont toujours juré d'agir par le canal unique de l'ONU pourraient se lancer dans une intervention sans feu vert des Nations unies. La France a toujours déclaré qu'elle agirait sous résolution du Conseil de sécurité et le président Barack Obama s'était fait remarquer dès 2003 par son opposition à la guerre en Irak. Second paradoxe: le principal allié des Américains est un président socialiste. La réflexion pourrait faire sourire mais elle a son importance aux États-Unis où les Français sont globalement pris de haut et où Barack Obama a dû répondre à de nombreuses reprises à des accusations de «socialisme» venant des Républicains américains.

Pour Hollande, «chaque pays est souverain»

Jeudi soir, les observateurs américains, encore surpris par le «non» britannique, parlaient d'un possible cavalier seul des États-Unis en oubliant que la France s'était déclarée «prête» à mobiliser des forces militaires.

Sur Twitter, rare commentaire évoquant la France, celui d'un journaliste américain de la chaîne ABC qui résumait ainsi le changement de paradigme pour les États-Unis: «Special relationship? Non! Relation spéciale», lançait Jon Williams en référence à la «relation spéciale» qui unissait Américains et Britanniques. Francophile et francophone, le secrétaire d'État américain John Kerry a rappelé vendredi que la France était «le plus vieil allié» des États-Unis, une référence au rôle des Français en 1776 au moment de la guerre d'indépendance.

Après l'annonce de Londres, le chef de l'État français a déclaré que la position de la France restait inchangée. «Chaque pays est souverain pour participer ou non à une opération. Cela vaut pour le Royaume-Uni comme pour la France», a-t-il déclaré.

Reste à savoir quel sera l'engagement concret de la France et quels moyens elle mettra à disposition des États-Unis. Paris a la capacité de tirer des missiles de croisière avec des avions de chasse ou des sous-marins.

François Hollande n'a pas exclu une action militaire alliée avant une réunion sans vote du Parlement français mercredi pour débattre de la crise.