Syrie: Paris pour une action «ferme» au côté de Washington

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La France, contrainte d'attendre un vote du Congrès américain sur une action militaire contre le régime syrien, s'est lancée dans une offensive diplomatique pour convaincre les autres Européens, plutôt réticents, de lui apporter un soutien
La France, contrainte d'attendre un vote du Congrès américain sur une action militaire contre le régime syrien, s'est lancée dans une offensive diplomatique pour convaincre les autres Européens, plutôt réticents, de lui apporter un soutien — Kenzo Tribouillard AFP

Le président François Hollande a affirmé vendredi que la France participerait à une action «proportionnée et ferme» contre le régime syrien accusé d'avoir utilisé des armes chimiques, confortant Washington après la défection de son allié britannique.

Après le coup de théâtre jeudi à Londres, où le Parlement a rejeté une intervention militaire en Syrie, et face à la menace d'un veto russe et éventuellement chinois au Conseil de sécurité de l'ONU, la Maison Blanche a laissé entendre que le président américain Barack Obama se réservait le droit d'agir unilatéralement contre le régime syrien.

Le refus de la Grande-Bretagne d'intervenir en Syrie ne change rien à la position de la France qui souhaite une action «proportionnée et ferme» contre Damas, a déclaré vendredi le président François Hollande dans un entretien au journal Le Monde.

Le chef de l'Etat français, qui réclame depuis plusieurs jours une opération militaire contre Damas, n'a pas exclu des frappes aériennes avant mercredi, date de la session extraordinaire du Parlement français sur la Syrie.

Les regards se tournent désormais vers les experts de l'ONU qui sont sortis vendredi pour leur dernière journée d'enquête après l'attaque qui a fait des centaines de morts le 21 août près de Damas. Selon un membre des services de sécurité, ils devaient se rendre à l'hôpital militaire de Mazzé, où sont soignées des victimes d'attaques chimiques présumées.

Les experts de l'ONU, dont la mission n'a été autorisée que tardivement par Damas, doivent quitter samedi la Syrie et rendre compte de leurs observations au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a exclu une participation de son pays à une intervention militaire en Syrie, dans un entretien à la presse.

A Washington, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Caitlin Hayden, a déclaré jeudi que «les Etats-Unis continueront à consulter le gouvernement britannique, l'un de nos alliés et amis les plus proches». «Les décisions du président Obama seront guidées par ce qui est dans l'intérêt des Etats-Unis», a souligné la porte-parole.

«Notre approche est de continuer pour trouver une coalition internationale qui agira de concert», a cependant assuré Chuck Hagel, secrétaire américain à la Défense, lors d'une conférence de presse vendredi à Manille.

Jeudi soir, un responsable du Congrès américain ayant participé à une conférence téléphonique avec la Maison Blanche sur la Syrie a indiqué que M. Obama n'avait pas encore pris de décision sur une éventuelle intervention.

A l'ONU, une réunion d'à peine 45 minutes entre les cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposant tous d'un droit de veto) s'est achevée jeudi soir sans progrès apparents.

Alliée de la Syrie, la Russie a répété vendredi son opposition à une action militaire: «La Russie est contre toute résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, prévoyant la possibilité d'user de la force», a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, cité par l'agence officielle Itar-Tass.

Batteries anti-missiles près de Tel Aviv

Fort de ce soutien, le président syrien Bachar al-Assad s'était engagé jeudi à «défendre» son pays «contre toute agression» des Occidentaux, assurant que son pays était «déterminé à éradiquer le terrorisme soutenu par Israël et les pays occidentaux», assimilant une nouvelle fois la rébellion à du «terrorisme».

Jeudi, les experts de la mission de l'ONU avaient passé près de 4 heures sur l'un des sites dans la banlieue est de Damas. Selon un porte-parole de l'ONU à New York, Farhan Haq, ils ont recueilli «quantité» d'éléments sur l'attaque.

Dépêchés par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC, qui siège à La Haye) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS, qui siège à Genève) et placés sous la direction du Suédois Aake Sellstrom, ils doivent faire un compte-rendu oral à M. Ban après depart samedi.

Les échantillons qu'ils ont recueillis seront transmis à des laboratoires en Europe, mais ces analyses pourraient prendre des semaines, selon M. Haq.

Dans le même temps, la région se préparait à d'éventuelles répercussions en cas de frappes.

Israël a annoncé le déploiement de batteries anti-missiles dans le nord mais aussi, selon la radio militaire , dans l'agglomération de Tel Aviv. Et Londres a appelé les Britanniques à éviter tout voyage au Liban en raison d'un «risque accru de sentiment anti-occidental».

En revanche, alors que les menaces d'intervention imminente avaient propulsé les prix du pétrole à des plus hauts depuis deux ans, la tension s'est relâchée sur ces marchés, et les cours du brut continuaient de décliner vendredi matin en Asie.