Yves Boyer: «L'opération en Syrie devrait s’étaler seulement sur quelques dizaines d'heures»

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Photo fournie par le réseau d'opposition syrienne Shaam News montrant un  couple pleurant face aux cadavres de proches, tués lors d'une attaque  qui pourrait être d'origine chimique, le 21 août 2013 près de Damas
Photo fournie par le réseau d'opposition syrienne Shaam News montrant un couple pleurant face aux cadavres de proches, tués lors d'une attaque qui pourrait être d'origine chimique, le 21 août 2013 près de Damas — Ammar al-Arbini / SHAAM NEWS NETWORK / AFP

Yves Boyer est directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Il décrypte les dessous d’une possible intervention.

Est-ce que l’intervention à venir ressemble aux conflits en Irak ou en Libye?

Non, cela n’a rien à voir. Pour intervenir en Libye, les Occidentaux avaient obtenu une résolution du Conseil de sécurité. Il s’agissait de stopper l’avancée d’une colonne de chars sur Benghazi et de soutenir la résistance à Kadhafi. En Syrie, les Occidentaux n’interviennent pas pour renverser Bachar Al-Assad mais pour sanctionner son utilisation d’armes chimiques. On ne peut pas comparer avec les conflits dont vous parlez qui avaient tous des buts différents. L’Otan avait par exemple bombardé les Serbes avant les accords de Dayton mais les attaques avaient duré plusieurs semaines. Cette fois-ci, nous nous dirigeons vers une opération qui devrait s’étaler seulement sur quelques dizaines d’heures.

Les enlisements en Afghanistan et en Irak ont-ils rendu les Etats-Unis plus prudents, ce qui expliquerait les hésitations avant cette intervention?

Pas forcément. Les militaires américains ont toujours été extrêmement prudents à propos d’une intervention en Syrie. D’abord parce qu’elle va coûter très cher. Ensuite Obama a agi en politique. Les Etats-Unis n’ont que très peu d’intérêts dans la région et une majorité de la population américaine est contre cette intervention. C’est pour cette raison que l’intervention sera très ponctuelle, très ciblée. Il s’agit de détruire les armes chimiques et éventuellement les vecteurs de ces armes. Les Occidentaux ne veulent surtout pas laisser passer l’utilisation de ces armes, cela créerait un précédent.

Pourquoi ne croyez-vous pas à une intervention plus longue?

A cause des moyens militaires déployés. Les Américains ont placé quatre destroyers qui doivent être armés d’une cinquantaine de missiles chacun. En comptant les missiles des sous-marins et ceux aéroportés, on ne doit pas dépasser les 300 à 400 missiles. Ce sera donc assez rapide.

Mais pourquoi intervenir aussi tardivement alors que la presse a évoqué des attaques chimiques il y a déjà plusieurs semaines?

Parce que le renseignement ne se décide pas en fonction d’articles du Monde dont les journalistes ont pu se faire manipuler. Avant d’être sûr de l’utilisation d’armes chimiques, il faut mener des investigations, aller apprécier sur place, surveiller les dépôts, évaluer les éléments, les objectifs.

A quel point la coalition sera-t-elle étendue?

A part les Américains, les Anglais et la France, je ne vois pas quels autres pays y participeront. D’abord parce que cette intervention sera très technologique avec l’utilisation de missiles, d’une surveillance satellite, de moyens électroniques. Et puis, pour que les Allemands y participent, il faudrait que leur Parlement en débatte pendant des semaines ; les autres pays n’ont tout simplement pas les moyens technologiques.