Snowden: Londres a obligé le «Guardian» à détruire des documents

ESPIONNAGE Le rédacteur en chef a révélé ces pressions deux jours après l'arrestation du compagnon d'un journaliste du Guardian, Glenn Greenwald, contact clef d'Edward Snowden au sein du quotidien...

© 2013 AFP

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Le journal britannique Guardian a annoncé vendredi s'associer, à cause des "pressions intenses" de Londres, avec le quotidien américain New York Times pour éplucher des documents secrets obtenus par Edward Snowden sur l'ampleur du système de surveillance des Etats-Unis et du Royaume-Uni. 
Le journal britannique Guardian a annoncé vendredi s'associer, à cause des "pressions intenses" de Londres, avec le quotidien américain New York Times pour éplucher des documents secrets obtenus par Edward Snowden sur l'ampleur du système de surveillance des Etats-Unis et du Royaume-Uni.  — Andrew Cowie AFP

Le quotidien britannique Guardian a riposté à la détention du compagnon du journaliste à l'origine de la publication d'informations sur le système de surveillance américain, en affirmant avoir dû détruire, sous la pression de Londres, les documents confidentiels utilisés pour ce scoop.

Dans un article publié mardi dans le Guardian, le rédacteur en chef du journal, Alan Rusbridger, raconte avoir été contacté par «un très haut responsable du gouvernement» britannique, puis par «des personnages mystérieux de Whitehall», le quartier des ministères à Londres.

«Vous vous êtes bien amusés. Maintenant nous voulons que vous nous rendiez le truc»

«La demande était la même: rendez-nous les documents de Snowden ou détruisez-les», ajoute-t-il, en référence à Edward Snowden, ancien consultant de l'agence américaine de sécurité NSA et auteur de la fuite de documents secrets sur l'ampleur du système de surveillance des États-Unis et du Royaume-Uni. Le Guardian, proche de l'opposition travailliste, avait à ce moment-là commencé la publication de ces informations, qui ont provoqué l'embarras et la colère de Washington et Londres.

Il y a un mois, «j'ai reçu un appel venant du cœur du gouvernement (britannique) me disant: +Vous vous êtes bien amusés. Maintenant nous voulons que vous nous rendiez le truc+», poursuit le rédacteur en chef du journal. Et après plusieurs rencontres avec des membres de Whitehall qui ont notamment menacé le journal de procédure judiciaire, selon Alan Rusbridger, «il s'est produit l'un des moments les plus bizarres dans la longue histoire du Guardian», raconte-t-il.

Rusbridger a révélé ces pressions deux jours après l'arrestation du compagnon d'un journaliste du Guardian

«Deux experts en sécurité du GCHQ (service britannique des écoutes) ont surveillé la destruction des disques durs dans les sous-sols du Guardian», assure-t-il. «Whitehall était satisfait, mais ça ressemblait à un geste symbolique particulièrement vain» décidé par des personnes qui «ne comprennent rien à l'ère numérique», conclut-il avec défiance.

Contacté par l'AFP mardi, le gouvernement n'a pas souhaité dans l'immédiat réagir à ces affirmations. Alan Rusbridger a révélé ces pressions deux jours après l'arrestation du compagnon d'un journaliste du Guardian, Glenn Greenwald, contact clef d'Edward Snowden au sein du quotidien.

Les autres journaux montent au créneau

Dans un éditorial mardi, The Times, proche du pouvoir, a cependant demandé à la police de «clarifier l'utilisation» de cette loi dans le cas de David Miranda. The Independent s'est dit lui «scandalisé» du recours au texte dans une affaire qui n'est «de toute évidence pas liée au terrorisme».

Les États-Unis, qui ont inculpé d'espionnage Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie, ont nié lundi toute implication dans la détention de David Miranda. Mais ils ont reconnu avoir été mis au courant de sa possible rétention.

Dans son éditorial, le Guardian affirme que les pressions exercées par le gouvernement britannique ne l'empêcheront pas de «continuer» à «couvrir méticuleusement les documents de Snowden». «Nous ne le ferons simplement pas à Londres», précise-t-il, estimant toutefois qu'il sera «bientôt impossible pour les journalistes d'avoir des sources confidentielles».