Egypte: Les tensions se concentrent autour d'une mosquée assiégée

AFFRONTEMENTS Les forces de l'ordre ont évacué la mosquée al-Fath, où des pro-Morsi avaient trouvé refuge vendredi soir. Des tirs ont été échangés. Le bilan s'alourdit...

© 2013 AFP

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La police a évacué samedi tous les islamistes retranchés dans une mosquée du Caire, au cours d'une nouvelle opération violente avec des échanges de tirs nourris, au quatrième jour de heurts ayant fait plus de 750 morts en Egypte.
La police a évacué samedi tous les islamistes retranchés dans une mosquée du Caire, au cours d'une nouvelle opération violente avec des échanges de tirs nourris, au quatrième jour de heurts ayant fait plus de 750 morts en Egypte. — Mohamed El-Shahed

La police a évacué samedi tous les islamistes retranchés dans une mosquée du Caire, au cours d'une nouvelle opération violente avec des échanges de tirs nourris, au quatrième jour de heurts ayant fait plus de 750 morts en Egypte.

L'état d'urgence maintenu

L'état d'urgence et un couvre-feu nocturne restent en vigueur dans le pays, devenu un véritable champ de bataille depuis la dispersion dans le sang mercredi au Caire des campements des partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l'armée le 3 juillet.

Malgré l'appel des pro-Morsi à des rassemblements quotidiens pour dénoncer le «coup d'Etat» contre le premier président démocratiquement élu du pays, il n'y a pas eu de manifestation dans la journée, mais quelques rassemblements ont été signalés dans la soirée.

A Alexandrie (nord), des affrontements ont opposé des manifestants islamistes à d'autres civils, selon l'agence officielle Mena, dont l'information n'a pas pu être vérifiée dans l'immédiat.

Tirs échangés autour de la mosquée Al-Fath

Devant la mosquée Al-Fath dans le centre du Caire, un journaliste de l'AFP a vu samedi des policiers faire sortir de force sept ou huit hommes et tirer pour disperser une foule de résidents en colère, massés à l'extérieur, qui a violemment frappé les hommes à coups de bâtons et de barres de fer.

Selon l'agence officielle Mena, des tireurs ont ouvert le feu à la mi-journée sur les forces de l'ordre depuis le minaret de la mosquée.

Les policiers et les militaires ont immédiatement répliqué, selon le journaliste de l'AFP avant de tirer des grenades lacrymogènes et de prendre d'assaut la mosquée. En fin d'après-midi, des sources de sécurité ont affirmé que la police avait évacué la mosquée.

Depuis vendredi soir, décrétée journée «de la colère» par les pro-Morsi, de nombreux manifestants, dont des femmes, s'étaient réfugiés dans la mosquée. Plus d'un millier s'y trouvaient toujours quand la police est intervenue, selon les Frères musulmans, l'influente confrérie de l'ex-chef de l’État.

173 morts ces dernières 24 heures

Ces dernières 24 heures, 173 personnes ont été tuées, en particulier abords de cette mosquée, lors de heurts entre manifestants et forces de l'ordre désormais autorisées à tirer sur les manifestants hostiles.

L’Egypte avait connu mercredi la journée la plus sanglante depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011, avec 578 morts, la plupart des pro-Morsi tués lors de l'opération sanglante contre leurs campements au Caire.

Au total, plus d'un millier de personnes, essentiellement des pro-Morsi, ont été tuées depuis fin juin dans des affrontements avec les forces de l'ordre et avec des anti-Morsi.

«L'Egypte combat le terrorisme»

Samedi, la presse continuait de se déchaîner contre les Frères, et la télévision d'Etat a affiché en permanence un bandeau assurant, en anglais: «l'Egypte combat le terrorisme».

Dans un pays où les division n'ont jamais semblé si profondes, les violences ont fait surgir le spectre d'une justice de rue.

Des «comités populaires» -surtout des groupes de jeunes souvent excités et armés- se sont mis en place et fouillent les passants, contrôlent l'accès à leur quartier et amènent de force à l'armée et à la police toute personne leur paraissant suspecte.

Alors que M. Morsi est détenu au secret par l'armée depuis sa destitution, le ministère de l'Intérieur a pour sa part annoncé avoir arrêté plus d'un millier d'islamistes vendredi. Le frère du chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a également été arrêté dans la banlieue du Caire pour «soutien» à M. Morsi.

Vendredi, Le Caire s'était transformé en un champ de bataille, le manifestations ne cessant qu'une heure après l'entrée en vigueur du couvre-feu. Le fils du Guide suprême des Frères musulmans a été mortellement touché par balle durant ces heurts, a annoncé la confrérie.

Attentat visant le consulat égyptien à Benghazi

Le gouvernement affirme désormais «combattre le terrorisme», mais le choix de la solution sécuritaire qu'il a adopté depuis mercredi a provoqué une salve de critiques à l'étranger.

Si le nouveau pouvoir a encore assuré samedi que les membres des Frères musulmans avaient leur place dans la transition, la Bolivie a qualifié leur répression de «génocide» et Cuba a condamné «la mort de civils innocents».

Dans le même temps, le consulat d’Egypte à Benghazi, dans l'est libyen, a été visé samedi par une attaque à l'engin explosif qui n'a pas fait de victime, selon un responsable de sécurité.

La Turquie rappelle son ambassadeur

Vendredi, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a invité les États membres de l'Union européenne à prendre «des mesures appropriées» lors d'une réunion prévue lundi à Bruxelles.

Les grands pays européens ont continué à déconseiller les voyages en Egypte, alors que la Suède, la Norvège et la Finlande ont rapatrié leurs ressortissants qui y faisaient du tourisme.

La Turquie a rappelé son ambassadeur en Egypte, et l'Egypte a aussitôt pris la même mesure et annulé des manœuvres navales communes prévues.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a fustigé samedi le Conseil de sécurité de l'ONU, l'Union européenne et l'Organisation de la coopération islamique (OCI), leur reprochant de ne pas avoir condamné la répression.

En revanche, Amman et surtout Ryad, qui a annoncé samedi l'envoi de trois hôpitaux mobiles en Egypte, ont affirmé soutenir le pouvoir égyptien «face au terrorisme».