Afrique du Sud: les mineurs commémorent la fusillade de Marikana

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Des milliers de mineurs se sont rassemblés vendredi à la mine de Marikana, en Afrique du Sud, pour une journée de commémoration, un an après une fusillade policière qui y a fait 34 morts et 78 blessés, provoquant un véritable traumatisme.
Des milliers de mineurs se sont rassemblés vendredi à la mine de Marikana, en Afrique du Sud, pour une journée de commémoration, un an après une fusillade policière qui y a fait 34 morts et 78 blessés, provoquant un véritable traumatisme. — Stephane de Sakutin AFP

Des milliers de mineurs se sont rassemblés vendredi en fin de matinée à la mine de Marikana, dans le nord de l’Afrique du Sud, pour une journée de commémoration, un an après une fusillade policière qui y a fait 34 morts et 78 blessés, provoquant un traumatisme dans le pays.

«Je suis ici pour rendre hommage aux collègues qui ont perdu la vie l’an dernier et soutenir leurs familles», explique un mineur de 32 ans, refusant de donner son identité, en tee-shirt vert aux couleurs de l’Amcu, le syndicat organisateur des célébrations, à l'origine de la grève sauvage de l'an dernier.

Le 16 août 2012, la police sud-africaine, débordée par les mineurs grévistes demandant des augmentations de salaire, avait ouvert le feu sur la foule provoquant le pire drame dans le pays depuis la fin du régime ségrégationniste de l’apartheid, en 1994.

A l'occasion de ce premier anniversaire, la presse de vendredi est revenue très largement sur le drame, souvent en termes critiques.

«L'image de la police ouvrant le feu sur des ouvriers en grève, tuant 34 d'entre eux, n'aurait jamais dû survenir dans une démocratie, sous un gouvernement de l'ANC, l'ancien mouvement de libération», écrit le quotidien The Star, comparant le massacre de Marikana avec les plus sinistres massacres de l'époque de l'apartheid.

Autour de 11 heures, les groupes de mineurs affluaient à pied vers le lieu de la fusillade -un terrain vague jouxtant les installations minières- entonnant des chants traditionnels et se regroupant autour d’une scène érigée pour l’occasion.

«C’est un moment très douloureux. Il y a un an beaucoup de nos camarades sont morts et depuis nous n’avons pas vu de hausses de salaire. Nous avons l’impression que nos frères sont morts pour rien», confie Christopher Duma, un mineur de 45 ans.

«Et la violence est toujours aussi forte dans la région», ajoute l’ouvrier, travaillant depuis 28 ans sur la mine de platine exploitée par le groupe britannique Lonmin, dans la +ceinture de platine de Rustenburg+, à une centaine de kilomètres au nord de Johannesburg.

Car autour de la mine, les rivalités syndicales qui avaient mis le feu aux poudres en 2012 sont loin d'être éteintes.

Plusieurs militants ont été tués à Marikana depuis un an, la dernière en date étant une responsable du rival d’Amcu, le grand syndicat des mines NUM, abattue lundi devant son domicile. Signe de la persistance des tensions, le NUM, qui a perdu son statut de syndicat majoritaire au profit de l'Amcu, a décidé de boycotter les commémorations.

Après les chants et les prières, le recueillement devait laisser la place à des interventions des représentants des mineurs et de la direction, et à un point sur les travaux de la commission d'enquête, qui n'ont toujours pas débouché un an après.

Le point d'orgue devait être la minute de silence, prévue à 16h00 (14h00 GMT), à l'heure précise où les policiers ont ouvert le feu.

Le président sud-africain Jacob Zuma, dont la présence n'a pas été annoncée aux commémorations, a invité ses concitoyens à faire de cette journée un moment de réflexion.

«Nous devons aussi être déterminés à faire tout notre possible pour éviter que de tels événements ne se reproduisent», a déclaré Jacob Zuma dans un communiqué publié mercredi.

Aux tensions syndicales s'ajoutent la défiance constante envers la police et l'absence de résultats des travaux de la commission d'enquête, lancée par le président pour faire la lumière sur les événements.

«Nous ne savons toujours pas précisément ce qui s'est passé à Marikana, la commission n'a pas rendu ses conclusions -nous ne sommes pas près de pouvoir déterminer qui est responsable de la mort des 34 mineurs», souligne l'analyste politique Eusebius McKaiser.