Annulation du sommet bilatéral: Que se passe-t-il entre les Etats-Unis et la Russie?

DIPLOMATIE Barack Obama a pris ses distances avec Vladimir Poutine...

Matthieu Goar avec AFP

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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors d'une rencontre à Los Cabos (Mexique) le 18 juin 2012.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama lors d'une rencontre à Los Cabos (Mexique) le 18 juin 2012. — Carolyn Kaster/AP/SIPA

Le signal envoyé est fort. Mercredi, Barack Obama a annulé sa participation à un sommet bilatéral avec son homologue Vladimir Poutine qui devait avoir lieu à Moscou en septembre. Certains analystes parlent d’un retour de la Guerre froide, d’autres d’un simple refroidissement. Les explications de 20 Minutes.

Comment en est-on arrivé là?

Depuis des semaines, la Maison Blanche laissait planer le doute sur le maintien de la rencontre. Ce sommet était pourtant très important puisque les deux chefs d’Etat devaient y préparer leG20. Mardi, les choses s’accélèrent lorsqu’Obama évoque «la mentalité de Guerre froide» de la Russie de Poutine. Mercredi, le couperet tombe. «Etant donné le manque de progrès sur des questions comme la défense antimissile, la prolifération, le commerce, les questions de sécurité et des droits de l'homme ces 12 derniers mois, nous avons informé le gouvernement russe que nous pensions qu'il serait plus constructif de repousser le sommet jusqu'à ce que nous obtenions plus de résultats», déclare Jay Carney, un porte-parole de la Maison Blanche.

Mais personne n’est dupe. Les relations entre Moscou et Washington se sont fortement détériorées après l'asile accordé le 1er août par les Russes à l'Américain Edward Snowden. Les Etats-Unis exigeaient au contraire l’expulsion de l’ancien analyste qui a révélé l'ampleur du programme de surveillance des communications électroniques par le renseignement de son pays. «La décision décevante de la Russie d'accorder un asile temporaire à Edward Snowden a aussi été un élément que nous avons pris en considération pour évaluer l'état de nos relations», Jim Carney.

Quelles sont les réactions?

Pour la Russie, il s’agit d’un camouflet. Mais le pays de Poutine décide de réagir avec tact. «Nous sommes déçus par la décision du gouvernement américain d'annuler la visite du président Obama à Moscou», explique Iouri Ouchakov, le conseiller diplomatique du Kremlin. «Il est clair que cette décision est liée à la situation --qui n'a pas été créée par nous-- de l'ex-collaborateur des services spéciaux américains Edward Snowden», poursuit-il avant de se faire plus incisif. «Ce problème souligne que les Etats-Unis ne sont pas prêts à travailler avec la Russie sur un pied d'égalité.»

Aux Etats-Unis, Obama est soutenu. Le New York Times critique sévèrement le président russe «de plus en plus autocratique» et la décision d’accorder l’asile est jugée «provocante». Dans cet éditorial, le quotidien rappelle également les récentes décisions anti-démocratiques de la Russie, notamment la loi controversée punissant tout acte de «propagande» homosexuelle.

Comment s’entendent Obama et Poutine?

Les relations entre les deux hommes ont toujours été compliquées. «D'après ce que je crois savoir, le président Medvedev est le président, et le premier ministre Poutine est le premier ministre (...) Ce qui m'intéresse, c'est de traiter directement avec mon homologue, le président», déclare Obama fraîchement élu en 2008. Les deux chefs d’Etat se rapprochent lors de la réélection du Russe au Kremlin en 2012. Mais très vite, tout se dégrade, notamment avec la publication de la liste Magnitski. Les Etats-Unis publient le nom de 18 fonctionnaires russes soupçonnés d’être impliqués dans la mort de Sergueï Magnitski. Le profond différend sur la Syrie ou des manifestations copntre l'adoption de Russes par des couples américains n’ont depuis fait qu’envenimer les choses.

Gel durable ou simple refroidissement?

Si des observateurs ont déjà évoqué le retour de la Guerre froide, les diplomates sont plus mesurés. La rencontre prévue en fin de semaine entre les secrétaires d'Etat et à la Défense américains et leurs homologues russes reste a priori au programme. «Nos relations avec les Russes sont importantes, nous parlons de nombreux sujets et nous avons réussi à coopérer», a affirmé Jay Carney. Les deux pays ont en effet des intérêts communs, par exemple l'approvisionnement des soldats en Afghanistan.

De son côté, Ouchakov a lui aussi insisté sur le fait que Moscou était prêt à poursuivre sa coopération avec les Etats-Unis et que l'invitation faite au président américain de se rendre dans le pays était maintenue. «Le président américain a reçu et il a toujours une invitation pour visiter la Russie», a-t-il déclaré.