Birmanie: Commémoration du soulèvement réprimé de 1988

avec AFP

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Des militants birmans ont défilé pour la première fois ce jeudi à Rangoun pour commémorer le soulèvement populaire réprimé de 1988, un 25e anniversaire donnant l'occasion d'appels à plus de démocratie. Une cinquantaine de personnes ont marché sur les lieux de la répression sanglante d'une manifestation étudiante qui avait marqué le 8 août 1988 un tournant vers un véritable soulèvement populaire attirant dans les rues des centaines de milliers de personnes dans tout le pays.

Le pouvoir avait vacillé, avant d'organiser une violente répression, qui avait fait au total quelque 3.000 morts. Le défilé de ce jeudi n'avait pas reçu l'autorisation des autorités et les marcheurs ont refusé d'obtempérer lorsqu'un responsable de la police locale leur a demandé de s'arrêter. La police les a finalement laissé défiler, tout en prenant des photos des participants.

«La transition est la conséquence de la révolution de 1988»

«Nous marchons pour rendre hommage aux moines, étudiants et autres personnes qui ont perdu la vie en 1988», a déclaré Tun Tun Oo, 49 ans, ancien leader étudiant impliqué dans le mouvement de 1988. «Maintenant, nous marchons sur le chemin vers la démocratie grâce à la révolution de 1988. La transition est la conséquence de la révolution de 1988», a-t-il estimé. Mais «nous n'avons pas encore la démocratie».

Un autre groupe d'une cinquantaine de militants a lui déposé des fleurs en forme de «8» dans le centre ville. «Nous voulions montrer notre chagrin pour les morts et montrer que nous poursuivons l'objectif de la démocratie», a déclaré Win Min, 46 ans, ancien étudiant ayant participé au soulèvement. «Nous leur avons promis de continuer».

Réformes

Depuis la dissolution de la junte en mars 2011, le gouvernement d'anciens militaires a multiplié les réformes, permettant notamment le retour au coeur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Kyi, aujourd'hui députée. Les événements de 1988 avait marqué le début de la carrière politique de la lauréate du prix Nobel de la paix, qui devait prononcer un discours un peu plus tard dans la journée.

La fille du héros de l'indépendance Aung San, qui vivait à Londres, était rentrée en Birmanie au chevet de sa mère malade en avril 1988 et n'était jamais repartie. Elle avait vite pris un rôle de premier plan dans le mouvement pro-démocratique, qui la conduira dès l'année suivante à sa première assignation à résidence par la junte. Elle passera au total quinze années privée de liberté jusqu'à sa libération en novembre 2010.