Espagne: Le pédophile grâcié par erreur au Maroc en prison préventive

JUSTICE Les juges madrilènes ont décidé de le placer en prison préventive...

avec AFP

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Un homme lit un article sur le pédophile espagnol grâcié par erreur par le roi du Maroc, le 5 août 2013 à Rabat
Un homme lit un article sur le pédophile espagnol grâcié par erreur par le roi du Maroc, le 5 août 2013 à Rabat — Fadel Senna AFP

Le pédophile espagnol grâcié par erreur au Maroc, puis arrêté en Espagne, est a été envoyé mardi en prison préventive par la justice espagnole en attendant de se prononcer sur son éventuelle extradition réclamée par le royaume.

Daniel Galvan, un homme de 63 ans au passé trouble, condamné en 2011 au Maroc à 30 ans de prison pour des viols sur onze mineurs, a été arrêté lundi dans un hôtel de Murcie, dans le sud-est de l'Espagne, en vertu d'un mandat d'arrêt international lancé le même jour par le Maroc. Ce pays réclame l'extradition de Daniel Galvan, après l'avoir grâcié le 30 juillet par erreur alors que Madrid avait en fait demandé qu'il soit transféré vers une prison espagnole.

Situation atypique

Cette mesure annoncée par le roi Mohammed VI a soulevé une vague de colère populaire au Maroc, qui a conduit le souverain à annuler dimanche cette grâce. Le nom de Daniel Galvan figurait sur une liste de 48 prisonniers espagnols grâciés après une visite en juillet du roi d'Espagne Juan Carlos, un interlocuteur privilégié de Mohammed VI.

Ce mardi, le juge Fernando Andreu va devoir décider si Daniel Galvan «est mis en prison ou laissé en liberté, sans restriction ou avec des mesures de contrôle judiciaire, le temps qu'une décision soit prise sur son extradition», a indiqué une source judiciaire. Un cas de figure «assez étrange» a reconnu cette source, qui pourrait même tourner au casse-tête pour la justice espagnole.

En effet, la convention d'extradition entre l'Espagne et le Maroc prévoit que chacun de ces pays ne peut extrader ses ressortissants vers l'autre. L'annulation d'une grâce est de surcroît une situation atypique en Espagne, puisque dans ce pays le gouvernement ne peut décider d'une telle mesure. C'est sur ces différentes questions que devra se pencher dans les semaines qui viennent l'Audience nationale, avant qu'un collège de trois juges ne rende sa décision sur la demande marocaine.

Scandale au Maroc

Embarrassante pour la justice espagnole, l'affaire Galvan a aussi créé des remous au Maroc où le roi Mohammed VI a répondu lundi au scandale en révoquant le directeur de l'administration pénitentiaire, cette administration étant accusée d'avoir «transmis par inadvertance des informations erronées de la situation pénale de l'intéressé».

A mesure que montait le scandale, des informations ont filtré dans la presse, dépeignant un homme au passé trouble, parlant arabe, identifié par certains comme un espion d'origine irakienne alors que lui-même se présentait comme un professeur d'université à la retraite.

Selon El Pais, Galvan avait raconté à son avocat marocain être un ancien responsable de l'armée irakienne et avait collaboré avec les services secrets étrangers pour renverser l'ancien dictateur Saddam Hussein, chassé lors de l'intervention militaire menée par les Etats-Unis en 2003. Le nom de Daniel Galvan peut être «l'identité que lui ont fabriquée les services secrets quand ils l'ont fait sortir d'Irak, lui ont fourni des papiers espagnols et l'ont transformé en un professeur de l'université de Murcie à la retraite», dit le journal.

Le pédophile avait en effet travaillé dans cette université, comme stagiaire entre 1996 et 1998 au département de Relations internationales, puis sous contrat entre 1998 et 2002. Selon El Mundo, Galvan, d'origine irakienne, s'était installé en 2005 à Kenitra, au Maroc, racontant qu'il était un professeur d'université à la retraite. Selon le journal, le tribunal qui l'a condamné a établi qu'il avait «profité des problèmes d'argent des familles du voisinage» pour commettre des abus sur les enfants.