La Géorgie panse toujours ses plaies, cinq ans après la guerre avec la Russie

avec AFP

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La guerre russo-géorgienne en 2008 n'a duré que cinq jours, mais cinq ans après, la Géorgie, qui a connu une défaite cuisante dans ce conflit lancé par Tbilissi pour faire revenir dans son giron la région séparatiste d'Ossétie du Sud, panse toujours ses plaies.

Depuis le petit village de Gougoutiankari, les traces de la guerre restent bien visibles. Des barbelés d'un mètre de haut traversent désormais les potagers, divisant la zone en deux parties: l'une contrôlée par l'Ossétie du Sud, soutenue par Moscou, et l'autre administrée par la Géorgie.

Villages abandonnés

Indépendante de facto depuis un conflit armé au début des années 1990, l'Ossétie du Sud était avant la guerre un patchwork de villages ossètes et géorgiens dont les habitants travaillaient souvent ensemble, et où les mariages inter-ethniques étaient fréquents. Après l'offensive géorgienne, lancée dans la nuit du 7 au 8 août 2008, la Russie a riposté en engageant une opération militaire d'envergure et en envahissant une partie de la Géorgie.

A l'issue de cette guerre de cinq jours, Moscou a reconnu l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, un autre territoire séparatiste géorgien, et y a installé des bases militaires. Nombre de villages géorgiens ont été abandonnés et les maisons détruites ou brûlées. D'autres d'habitants se sont par ailleurs installés dans des colonies construites par les autorités géorgiennes non loin de frontière.

Cinq ans après, le ministre géorgien de la Réintégration, Paata Zakaréichvili dresse lui aussi un bilan amer de la guerre. Selon lui, la tentative du président géorgien Mikheïl Saakachvili de résoudre en 2008 le conflit territorial par la force a finalement «abouti à un résultat inattendu: une véritable guerre, plus de réfugiés et plus de souffrances humaines». «Aucune des parties de ce conflit n'a obtenu ce qu'elle voulait», affirme-t-il.

Le paysage politique a changé

Aujourd'hui, le paysage politique a changé en Géorgie. Le pays vit une période de cohabitation difficile entre le président pro-occidental Mikheïl Saakachvili et le Premier ministre et milliardaire Bidzina Ivanichvili, dont la coalition d'opposition a remporté les législatives en octobre 2012. Bidzina Ivanichvili, considéré comme proche de la Russie pour y avoir fait sa fortune, a prôné la normalisation des relations avec Moscou, interrompues depuis le conflit de 2008.

Son gouvernement n'exclut pas l'ouverture d'une enquête sur la façon dont la guerre a été menée. A l'issue de celle-ci, la Géorgie a subi des pertes d'environ 1 milliard de dollars (près de 753 millions d'euros), selon les dernières estimations officielles. Bien que Bidzina Ivanichvili prône un rapprochement avec la Russie, il assure en même temps reprendre à son compte l'orientation pro-occidentale de la Géorgie, qui était déjà celle du précédent gouvernement.

Ainsi, une éventuelle reconnaissance par Tbilissi de l'indépendance de l'Ossétie du Sud reste pour l'heure inimaginable. «La Géorgie ne peut pas franchir certaines lignes rouges», estime George Khoutsichvili, directeur du Centre international sur la résolution des conflits à Tbilissi.