Maroc: La grâce accordée à un pédophile vire au scandale, le roi annonce une enquête

JUSTICE De nombreux rassemblements ont lieu depuis que le Roi a gracié un pédophile espagnol condamné à 30 ans de prison...

avec AFP

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Samedi 3 août 2013, des manifestants qui dénoncent la grâce d'un pédophile espagnol, se sont opposés aux forces de l'ordre devant le Parlement de Rabat. 
Samedi 3 août 2013, des manifestants qui dénoncent la grâce d'un pédophile espagnol, se sont opposés aux forces de l'ordre devant le Parlement de Rabat.  — Mustapha Houbais/AP/SIPA

La grâce royale accordée à un pédophile espagnol a viré au scandale au Maroc, où Mohammed VI a dû annoncer samedi l'ouverture d'une enquête après que des milliers de personnes eurent exprimé leur colère dans plusieurs villes, bravant la répression policière.

Le souverain marocain a ordonné une enquête "en vue de déterminer les responsabilités et les points de défaillance qui ont pu mener à cette regrettable libération", a indiqué le Palais royal dans un communiqué publié samedi soir par l'agence officielle MAP.

«Verrouiller les conditins d'octroi de la grâce»

 

Cette enquête devra permettre "d'identifier le ou les responsables de cette négligence afin de prendre les sanctions nécessaires", selon la même source. Le ministère de la Justice devra aussi "proposer des mesures de nature à verrouiller les conditions d'octroi de la grâce".

Le roi pas informé

En outre, d'après le texte du Palais, "le roi n'a jamais été informé, de quelque manière que ce soit et à aucun moment, de la gravité des crimes abjects pour lesquels l'intéressé a été condamné".

"Il est évident que jamais le souverain n'aurait consenti" à ce que ce prisonnier "puisse arrêter de purger sa peine, au regard de l'atrocité des crimes monstrueux" commis, poursuit-il.

Condamné pour des viols de onze mineurs

Des Marocains ne décolèrent pas depuis la grâce accordée mardi dernier par le roi à ce pédophile espagnol âgé d'une soixantaine d'années, condamné en 2011 à 30 ans de prison pour des viols sur onze mineurs.

Cet homme, qui aurait déjà quitté le Maroc, faisait partie d'une liste de 48 prisonniers espagnols graciés au nom de l'excellence des relations bilatérales entre le Maroc et l'Espagne, d'après des médias officiels.

La principale manifestation s'est tenue vendredi soir à Rabat, près du Parlement, où plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Mais d'autres rassemblements ont aussi eu lieu à Tanger et Tétouan (nord) vendredi, ou encore à Agadir (sud) samedi.

De nouveaux sit-in prévus mardi et mercredi

Des appels ont, par ailleurs, d'ores et déjà été lancés sur les réseaux sociaux pour de nouveaux sit-in mardi et mercredi, à Casablanca, la capitale économique, et Rabat.

Des versions contradictoires circulent sur la raison de la présence de ce condamné dans la liste royale.

Dénonçant un fait d'une "extrême gravité", l'opposition socialiste espagnole a exigé samedi une "explication immédiate" de Madrid.

Si les médias officiels marocains sont pour leur part restés totalement silencieux jusqu'à samedi, la presse électronique et les réseaux sociaux s'étaient en revanche rapidement fait l'écho de l'indignation de nombreux Marocains, déjà échaudés par plusieurs récentes affaires de pédophilie.

Vendredi soir, des dizaines de photos et vidéos de manifestants en sang ou matraqués par la police ont été diffusées sur internet, avec des centaines de commentaires.