Tunisie: Manifestation massive des islamistes pour le gouvernement

CRISE Le parti Ennahda a organisé dans la nuit de samedi à dimanche une grande manifestation à Tunis pour défendre sa légitimité au pouvoir et dénoncer les violences politiques

avec AFP

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Des militants du parti islamiste Ennahda manifestent à Tunis le 3 août 2013 au soir en faveur du gouvernement
Des militants du parti islamiste Ennahda manifestent à Tunis le 3 août 2013 au soir en faveur du gouvernement — FETHI BELAID AFP

Les islamistes à la tête du gouvernement tunisien ont organisé une manifestation massive à Tunis dans la nuit de samedi à dimanche en réponse à la multiplication des appels à son départ après l'assassinat d'un opposant attribué à la mouvance jihadiste.

Ce rassemblement intervient au moment où l'armée a aussi engagé une vaste opération à la frontière algérienne, au mont Chaambi, pour «éradiquer» des combattants jihadistes responsables d'une attaque qui a coûté la vie à huit militaires. Les autorités ont indiqué par le passé que la «Phalange Okba Ibn Nafaâ», un groupe lié à Al-Qaïda, se terre dans ce massif.

200.000 manifestants

Le parti Ennahda a revendiqué dans la nuit quelque 200.000 manifestants rassemblés place de la Kasbah, où se situe le siège du gouvernement, pour défendre sa légitimité au pouvoir et dénoncer les violences politiques.

La police n'a donné aucune estimation mais selon des journalistes de l'AFP des dizaines de milliers de personnes étaient présentes.

«Ceux qui ont cru que le scénario égyptien pouvait être répété ici ont tout faux. La Tunisie a été une inspiration avec sa révolution, et elle ne va pas importer un coup d'Etat», a déclaré devant la foule Rached Ghannouchi, chef d'Ennahda, en référence au renversement du président égyptien Mohamed Morsi par l'armée le 3 juillet dernier.

Le Premier ministre reuse de démissionner

Quelques heures plus tôt, le Premier ministre Ali Larayedh avait une nouvelle fois rejeté lors d'une conférence de presse les appels à sa démission et à la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC), revendications clés d'une large part de l'opposition depuis l'assassinat, prêté à la mouvance jihadiste, du député et opposant Mohamed Brahmi le 25 juillet.

Des élections le 17 décembre

Il a proposé, pour résoudre la crise, d'élargir son gouvernement et des élections le 17 décembre.

«Il faut que l'opposition arrête de remettre en cause le gouvernement, c'est le seul moyen d'achever la transition démocratique», a jugé un manifestant, un étudiant de 25 ans, Mohamed Hamrouni.

L'opposition appelle à un rassemblement le 6 août

L'adoption d'une nouvelle constitution est paralysée depuis des mois faute consensus à l'ANC si bien que la Tunisie ne dispose pas d'institutions pérennes deux ans et demi après la révolution de janvier 2011.

Du côté de l'opposition, ils étaient quelques milliers à manifester, selon des témoins interrogés par l'AFP, face à l'ANC. Ces rassemblements quotidiens ont lieu chaque nuit, en raison du jeûne du ramadan.

Les détracteurs d'Ennahda ont d'autre part annoncé préparer un grand rassemblement le 6 août avec les mêmes revendications mais aussi pour marquer les six mois de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, un meurtre, attribué aussi à la mouvance jihadiste, qui avait entraîné la chute du précédent gouvernement Ennahda.

Par ailleurs, les incidents impliquant des «extrémistes religieux» se sont multipliés ces dernières 24 heures, selon les autorités.

Le ministre de l'Intérieur assure avoir déjoué un assassinat d'un politique

Le ministère de l'Intérieur a annoncé dans la nuit de samedi à dimanche avoir déjoué l'assassinat d'une personnalité politique non identifiée à Sousse (140 km au sud de Tunis). Deux «terroristes très dangereux» ont été arrêtés et des armes à feu ainsi que des grenades saisis. La police a aussi essuyé des tirs après avoir perquisitionné la maison d'un troisième suspect qui a pu prendre la fuite.

Les forces de l'ordre ont aussi annoncé qu'un «extrémiste religieux» avait été tué et un autre blessé dans deux incidents séparés alors qu'ils manipulaient des explosifs.