Egypte: les partisans de Morsi font monter la pression

MONDE L'armée tire des gaz lacrymogènes...

avec AFP

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Des partisans du président déchu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, manifestent le 26 juillet 2013 à Nasr City, en Egypte.
Des partisans du président déchu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, manifestent le 26 juillet 2013 à Nasr City, en Egypte. — Khalil Hamra/AP/SIPA

Un vendredi encore agitée au Caire. Des milliers de manifestants ont grossi vendredi les rangs des partisans de l'ex-président Mohamed Morsi sur deux places du Caire que la police menace d'évacuer, alors que des émissaires étrangers tentent d'ultimes médiations pour éviter un bain de sang.

En fin d'après-midi, les forces de l'ordre ont dispersé au gaz lacrymogène des manifestants qu'elles accusent d'avoir tenté d'attaquer un complexe abritant des médias égyptiens, très majoritairement anti-Morsi. Les protestataires ont aussitôt dénoncé «l'attaque» d'une «manifestation pacifique».

Ces heurts ont toutefois eu lieu loin des deux places occupées depuis un mois par les partisans de Morsi pour réclamer le retour du premier président égyptien démocratiquement élu, qui a été destitué et arrêté par l'armée le 3 juillet à la suite de gigantesques manifestations populaires réclamant son départ.

Kerry attise les tensions

Jeudi, une déclaration du secrétaire d'État américain John Kerry, avait alimenté la tension et provoqué la colère des Frères musulmans, dont M. Morsi est issu. Kerry a en effet estimé que les militaires avaient en fait «rétabli la démocratie» en déposant M. Morsi à la demande de «millions et de millions» de manifestants.

L'opposition reprochait aux Frères musulmans d'accaparer tous les pouvoirs et de ruiner une économie déjà exsangue. Les Etats-Unis, qui donnent chaque année environ 1,3 milliard de dollars à l'armée égyptienne, se sont gardés, comme le reste des puissances occidentales, de qualifier de coup d'État l'intervention des militaires.«L'armée n'a pas pris le pouvoir, d'après ce que nous pouvons en juger, jusqu'à présent. Pour conduire le pays, il y a un gouvernement civil. En fait, elle rétablissait la démocratie», a estimé Kerry.

Il y a un mois, le commandant en chef de l'armée, ministre de la Défense et nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé la destitution de Morsi, détenu au secret depuis. Vendredi, Kerry a de nouveau plaidé pour «un retour à la normale» en Egypte.

Hagel pourrait-il «destituer Obama» ?

«Le secrétaire d'État Kerry accepterait-il que le secrétaire (américain) à la Défense Hagel destitue Obama si d'importantes manifestations avaient lieu en Amérique?», a rétorqué vendredi Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans. «Nous n'attendons rien des États-Unis (...), complices du coup d'État militaire».

Dans le même temps, les Frères musulmans ont appelé leurs partisans à venir grossir les rangs des sit-in au Caire pour une marche «pacifique» vendredi, jour de la Grande prière et en plein ramadan. «A bas Sissi, Morsi est notre président», scandaient les manifestants en ville, en référence au général que tout le monde désigne comme le véritable homme fort et déjà adulé par une grande partie des Egyptiens et de la presse du pays. Ses portraits ornés de slogans flatteurs fleurissent partout dans les rues et dans les journaux.