Asile de la Russie à Snowden: La Maison Blanche réagit vivement

ESPIONNAGE «L'asile à Edward Snowden n'est pas un développement positif. Nous avons de nombreux intérêts avec les Russes, et nous évaluons l'utilité d'un sommet», a expliqué le porte-parole.

avec AFP

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Paul Gypteau Ruptly

La Maison Blanche a réagi avec vigueur à l'octroi par la Russie de l'asile à Edward Snowden, tout en essayant de dissuader le Congrès de limiter la surveillance des communications après les révélations du fugitif.

«Nous sommes extrêmement déçus du fait que le gouvernement russe ait pris cette décision malgré nos demandes très claires, et légales, en public et en privé, de voir Snowden expulsé vers les Etats-Unis pour qu'il réponde des accusations portées contre lui», a déclaré le porte-parole de l'exécutif américain, Jay Carney.

Le sommet Obama-Poutine incertain

La Russie a accordé un asile temporaire à Ed Snowden, qui a quitté jeudi l'aéroport de Moscou où il était bloqué depuis plus d'un mois et se trouve désormais dans un lieu «sûr», mais inconnu. Edward Snowden «est accusé d'avoir révélé des informations classifiées et est visé par trois chefs d'inculpation criminels. Il devrait revenir aux Etats-Unis le plus vite possible», a ajouté Carney lors de son point de presse quotidien.

Interrogé sur le maintien d'un sommet bilatéral début septembre entre le président Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine à Moscou avant le G20 de Saint-Pétersbourg, Jay Carney a laissé entendre qu'il était désormais incertain, après des semaines d'ambiguïté sur cette question.

McCain parle d'une gifle pour tous les Américains

«Je n'ai pas d'informations sur le programme à donner aujourd'hui, mais évidemment, (l'asile à Edward Snowden) n'est pas un développement positif», a-t-il dit. «Nous avons de nombreux intérêts avec les Russes, et nous évaluons l'utilité d'un sommet», a expliqué le porte-parole.

Réaction plus musclée de l'influent sénateur républicain John McCain: l'asile à Snowden constitue une «gifle pour tous les Américains», a-t-il dénoncé en appelant Obama à réévaluer ses relations avec Poutine. Carney a toutefois refusé de tirer un trait sur ces relations: il a assuré que la stratégie de «remise à zéro» avec Moscou professée par Obama au début de son premier mandat, en 2009, avait été fructueuse.

Une relation fondée sur le réalisme

«Notre relation avec la Russie est fondée sur le réalisme», a-t-il aussi expliqué. «En raison de Snowden et de la répression politique si Obama participe à un sommet bilatéral avec Poutine, il va être critiqué» aux Etats-Unis, avait auparavant expliqué à l'AFP un spécialiste des relations russo-américaines, Steven Pifer.

«La vraie question est de savoir si Poutine est prêt à rendre ce sommet suffisamment fructueux pour que les résultats justifient le coût politique que le président paiera», avait ajouté ce membre de l'institut Brookings de Washington. L'imbroglio diplomatique se double en effet d'une crise politique: l'annonce de l'asile accordé à Edward Snowden est intervenue alors que l'administration démocrate doit faire face à une contestation parlementaire sans précédent contre les programmes de surveillance au Congrès.

Obama a appelé à trouver un «équilibre»

Le 24 juillet, la Chambre des représentants a rejeté d'extrême justesse un amendement qui aurait coupé le financement de ce programme. Ce texte a fédéré aussi bien des élus du camp de Barack Obama que des conservateurs, malgré les consignes de vote de l'administration démocrate et du chef républicain de l'assemblée.

Tentant de relâcher la pression, la Direction du renseignement (ODNI) a déclassifié mercredi des documents secrets sur les opérations de surveillance, au nom de la «transparence». Dans ses rares interventions publiques sur le fond de cette affaire, Obama a appelé à trouver un «équilibre» entre cette transparence et la sécurité nationale.